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Dans Adieu Berthe : les frères Podalydès enterrent Mémé

Dans Adieu Berthe : les frères Podalydès enterrent Mémé

17 juin 2012 | PAR Christophe Candoni

Après sa présentation à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, le nouveau film des frères Podalydès sort dans les salles le 20 juin. Tous les deux ont co-écrit le scénario, Bruno l’a réalisé, et Denis tient le rôle principal. La comédie est légère et plaisante, portée par un casting qui promet de plaire.

Armand, le personnage que joue Denis Podalydès a tout du beau salaud dirait-on, mais c’est toute la malignité et l’intelligence de l’interprète d’en faire un bon type qui suscite l’empathie en rendant ses petites lâchetés et ses gros embarras bien séduisants. Il est tiède, prudent, indécis, continuellement empêtré dans ses histoires sentimentales, partagé entre sa femme (Isabelle Candelier) avec qui il ne parvint à rompre et sa maîtresse, légèrement plus borderline (Valérie Lemercier), pour qui il ne sait faire le pas. Et c’est la même chose dans sa profession, sa petite vie bourgeoise et rangée à Chatou le contraint à exercer la métier de pharmacien alors qu’il rêve plus ou moins secrètement de faire de la magie. Ce tiraillement ne le rend pas malheureux, il complique juste un peu son existence qui parfois frôle l’enfer mais est emprunt d’une agréable et dangereuse liberté et de quelques bouffées d’air frais qu’il apprécie en se véhiculant sur sa petite patinette électrique. La mort de Mémé pourrait tenir du non-évènement étant donné que la pauvre dame était oubliée de ses descendants depuis belle lurette ; elle agit pourtant comme un révélateur et lui impose de faire enfin des choix.

Il doit commencer à s’affirmer au sujet des préparatifs de l’enterrement et tenir tête à sa belle-mère (Catherine Hiegel) qui veut avoir recours au charlatan mystico-futuriste Rovier-Boubet (Michel Vuillermoz) pour organiser la cérémonie funéraire alors qu’il lui préfère les joyeux drilles d’Obsécool (le tandem Bruno Podalydès/Samir Huesmi qui fait son beurre sur les tombes pour petits rongeurs domestiques). Cette première partie du film est une occasion en or pour brocarder le marketing indécent des conventions obsèques et le mercantilisme grossier des pompes funèbres.

La suite de l’histoire perce les secrets bien gardés de la dite Mémé qui entre en écho les propres désirs et les mensonges d’Armand. Il découvre, dans la petite chambre exiguë de la maison de retraite dans laquelle vivait la vieille femme à la campagne, tout un pan de la vie de celle-ci qu’il avait ignoré. Une malle des Indes, des objets de cœurs, une correspondance secrète en disent beaucoup, révèlent qui elle était.  Armand s’identifie à l’histoire de son aînée et reçoit d’elle comme une permission de vivre ce qu’il ne s’autorisait pas : une passion libre et secrète.

Le ton du film est plein d’ironie et d’humour, décalé et lunaire, de tendresse aussi ; tout ce qui fait la signature aussi bien dans le jeu que dans l’écriture des Podalydès. C’est parfois trop gentillet pour taper dans le mille, notamment dans la manière d’infantiliser exagérément les personnages principaux pour trouver une excuse à leur comportement fautif. Il manque une méchanceté et une acidité qui sont pourtant nécessaires pour rire d’un sujet aussi grave que la mort. Certaines scènes trouvent le ton juste, un rien vachard, comme la route vers la campagne dans la camionnette des joyeux croque-morts ou les « pétages » de plomb de Valérie Lemercier dans le cimetière puis au téléphone avec le père de son enfant, ce sont des moments réjouissants.

Le plaisir du film tient aussi dans ces rôles secondaires : l’étonnant Michel Vuillermoz, les délicieux Judith Magre et Michel Robin, particulièrement émouvants dans une toute petite participation, la belle mère revêche de Catherine Hiegel qui amuse tant dans les bourgeoises tyranniques, le père amnésique de Pierre Arditi… il faudrait tous les citer.

 

Photo : ADIEU BERTHE – l’enterrement de Mémé – Copyright Anne-Françoise Brillot – Why Not Productions

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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