Cinema
Curling, de Denis Côté, un beau film à aller voir très vite !

Curling, de Denis Côté, un beau film à aller voir très vite !

30 octobre 2011 | PAR Olivia Leboyer

Au jeu cruel et souvent injuste du box office, Curling (deux prix à Locarno) risque de quitter rapidement les écrans. Ce très beau film canadien, insolite et humaniste vaut vraiment le détour ! A voir d’urgence ! En salles (quelques unes) depuis le 26 octobre.

Il y a des films rugueux, peu aimables au premier abord, résolument étranges, que l’on peut hésiter à aller voir. Une fois devant l’écran, on découvre parfois quelque chose d’important, des images qui nous resteront. Ce n’est pas si fréquent et c’est le cas avec Curling, magnifique film de Denis Côté, un film qui n’a manifestement pas été réalisé dans un but commercial mais qui pourrait pourtant toucher de nombreuses personnes. Il suffit d’entrer dans la salle !
Dans un coin reculé du Canada, glacial et à l’écart de tout, un père vit seul avec sa fille de 12 ans, Julyvonne, qu’il n’a jamais envoyée à l’école. Ils se suffisent à eux-mêmes, cachés, englués dans une triste routine. Un jour, il s’aperçoit que Julyvonne a besoin de lunettes, seul symbole un peu voyant dans ce film extrêmement sensible et constamment déroutant. Julyvonne aimerait voir des gens, sortir un peu, voir plus de choses. Mais lorsqu’elle sort, elle tombe sur un tigre dans un enclos, puis sur un cadavre…

Renfermé, triste, Jean-François s’efforce obstinément de protéger sa fille du monde extérieur. On ne sait pas exactement quel événement a déterminé cette attitude, à quel moment les choses ont basculé. On comprend que la mère y est pour quelque chose et que Jean-François, depuis, vit comme emmuré en lui-même. Ça ne va pas, mais cela pourrait continuer comme cela éternellement. A moins que…
« C’est un film très noir avec une très grande lumière au bout » a dit Denis Côté, le réalisateur. C’est bien ce que l’on ressent, captivé devant les yeux tristes de Jean-François (Emmanuel Bilodeau, extraordinaire, Prix d’interprétation très mérité à Locarno), qui ne sait plus comment font les gens.

Autour de lui, on arrive à se distraire, à s’amuser : en jouant au bowling, au curling, ou même aux jeux vidéo. Jean-François regarde ces petits dérivatifs avec envie et lucidité : lui, il n’y arrive plus, il ne peut plus s’illusionner, comme ça, pour de courts instants. Avec quoi s’amuse-t-il ? Avec sa fille ? Si les relations entre père et fille semblent crispées, pleines d’incompréhension, il n’y a pas de déviance chez Jean-François, qui ne rêve que de protéger sa fille, même du simple amour d’un père. C’est à peine s’il parvient à lui parler. Autour de lui, quelques personnes essaient de le ramener dans le champ de la vie et de la chaleur humaine, en particulier une jeune serveuse gothique sans préjugés et deux petits vieux fous de curling.
D’une scène à l’autre, on est sans cesse surpris par la beauté époustouflante des plans, par le jeu infiniment délicat d’Emmanuel Bilodeau, tour à tour moche ou très beau, comme transfiguré, par la simplicité d’une métaphore sportive bouleversante, par le joli visage vide de Philomène Bilodeau qui attend patiemment qu’enfin une vie puisse commencer. Un film rare et beau, à voir de toute urgence !

Curling, de Denis Côté, Canada, 1h32, avec Emmanuel Bilodeau, Philomène Bilodeau, Sophie Desmarais, Roc Lafortune, Muriel Dutilet. Sortie le 26 octobre 2011.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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