Cinema

[Critique] Violette, magnifiquement incarnée par Emmanuelle Devos

[Critique] Violette, magnifiquement incarnée par Emmanuelle Devos

05 novembre 2013 | PAR Olivia Leboyer

violette-16102013

Après le beau Séraphine, Martin Provost livre un second portrait de femme artiste en butte au rejet de la société. Le film n’est pas un simple biopic sur Violette Leduc, mais une plongée dans la psyché tourmentée de cette écrivain audacieuse et douée. Sortie le 6 novembre.

[rating=4]

Dès le prologue, l’écran encore noir, la voix si reconnaissable d’Emmanuelle Devos nous prévient : « La laideur, chez une femme, est une chose terrible ». C’est bien de corps qu’il va être question, tout au long de ce beau film littéraire et charnel, très pictural. Violette Leduc souffrait de son apparence, portant son visage comme un poids (pour le rôle, on considérablement épaissi le nez de la belle Emmanuelle Devos). Réfugiée dans l’écriture, Violette y livrait ses angoisses les plus intimes, dans un style cru, très expressif (L’Asphyxie, Thérèse et Isabelle, et surtout La Bâtarde). Dans sa vie, quelques rencontres décisives, toujours manquées. Qu’elle aime une femme ou un homme, Violette se heurte implacablement au refus. Plus que son physique disgracieux, c’est son comportement qui provoque la solitude de Violette : son besoin d’amour, viscéral, s’impose aux autres comme une agression. Violette ne connaît pas la mesure, la retenue, et tombe amoureuse, chaque fois, d’une personne qui ne peut l’aimer en retour. Il y a chez elle une sorte de masochisme, une délectation morbide à se voir, sans cesse, rejetée, refusée. A la source de son mal-être, une relation désastreuse avec sa mère (Catherine Heigel, glaçante). Parmi les amours malheureuses de Violette Leduc, quelques hommes, tous homosexuels (Olivier Py incarne un superbe Maurice Sachs, et Olivier Gourmet un Jacques Guérin tout en finesse), et trois femmes : Isabelle, la petite pensionnaire, que l’on ne verra pas à l’écran, Hermine, la surveillante du lycée (Nathalie Richard, apparition rayonnante, comme toujours) et Simone de Beauvoir (Sandrine Kiberlain, impressionnante) qui a beaucoup fait pour sa publication. Mais, Simone de Beauvoir a beau aimer les romans de Violette Leduc, elle n’est pas amoureuse de la femme : « Vous connaissez Violette : on ne peut pas être ami avec elle, vous le savez bien ! » lance-t-elle même à Jacques Guérin. Violette est une personne impossible, dans tous les sens du terme. Cette fatalité sombre décide de son destin d’écrivain, d’abord très confidentielle (le succès, immense, ne viendra qu’avec La Bâtarde). Dans l’ombre d’auteurs plus reconnus, comme Simone de Beauvoir ou Jean Genet (Jacques Bonnaffé, extraordinaire), Violette se sent doublement niée.

Martin Provost exécute son Violette comme un tableau : sombre, et éclairé de l’intérieur par une lumière superbe. Il s’est attaché aux années difficiles, aux débuts solitaires, avant l’explosion de Violette Leduc. Un film assez long, plutôt austère, mais d’une vraie beauté. Le film confirme cette évidence : Emmanuelle Devos est une actrice fascinante.

Violette, de Martin Provost, de 2h19, France, avec Emanuelle Devos, Sandrine Devos, Olivier Gourmet, Catherine Hiegel, Jacques Bonnaffé, Olivier Py, Nathalie Richard, Stanley Weber. Sortie le 6 novembre.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film

Wes Anderson fait l’ouverture de la Berlinale
La sélection cinéma du 6 novembre
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *