Cinema
[Critique] « Un jeune poète » : un cinéaste tente, se trouve, et nous inspire

[Critique] « Un jeune poète » : un cinéaste tente, se trouve, et nous inspire

25 avril 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Avec rien, mais un rien des plus simplifiés, Damien Manivel nous accroche et nous transporte dans un autre univers, à la fois proche et décalé. Un premier long-métrage très réussi.

[rating=4]

Un jeune poeteLittéral. Tel est l’adjectif qui pourrait qualifier le réalisateur Damien Manivel. Dans Un jeune poète, il filme… un jeune poète. Rémi Taffanel incarne Rémi, lancé dans la ville de Sète pendant une heure onze. Avec carnet, stylo, et l’envie d’écrire de la poésie.

Prétentieux, ce postulat ? Pas le moins du monde. Car Damien Manivel n’essaye pas de faire du lyrisme avec sa caméra. De compliquer sa technique avec des effets poétiques. Il se met à la hauteur de ce qu’il filme, sans le juger. Il s’en tient au plan fixe, lorsque Rémi dialogue avec la tombe d’un poète ancien ; lorsqu’il dévoile sa personnalité excessive, dans un musée ; ou lorsqu’il se lâche, superbement, face à une personne qui lui plaît. Le résultat ? Aucun jugement. Une intense impression de vérité. Et une caméra expressive, qui, en ménageant ses effets, aboutit à des ruptures frappantes. Emouvantes.

Que ceux qui redoutent l’aridité et l’ennui se rassurent : tout le film se passe sous le soleil radieux de Sète. Et l’humour vient prendre place tout naturellement dans certaines séquences. On pourrait chercher des défauts techniques, ou pinailler sur la modestie de l’entreprise. On préférera dire que ce premier long-métrage tient tout du long ses promesses. Qu’il sème le trouble dans le coeur, discrètement mais sûrement. Et qu’il est rempli de personnalité. A suivre. Vite.

En avant-programme, nos amis de Shellac nous proposent de découvrir La Dame au chien, un court-métrage également signé Damien Manivel. Qui, sous ses dehors détendus, sait installer une atmosphère troublante, et ouvrir sur beaucoup de pistes.

Un jeune poète, précédé de La Dame au chien, deux films de Damien Manivel. Avec Rémi Taffanel, Enzo Vassallo, Léonore Fernandes, Mohammed Berrahou, Délia Druyer-Bachmann, Sarah Lagneau (Un jeune poète) ; Rémi Taffanel, Elsa Wolliaston (La Dame au chien). Comédies dramatiques françaises. Durée : 1h11 + 16 min. Sortie le 29 avril.

Un jeune poète : mention spéciale Catégorie Cineasti del presente, Festival de Locarno 2014.

La Dame au chien : prix Jean-Vigo du court-métrage 2011.

Visuel : © Shellac

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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