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[Critique] « Still the water » : la nature contre l’absence, et entre elles, l’ennui

[Critique] « Still the water » : la nature contre l’absence, et entre elles, l’ennui

29 septembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Ayant concouru à Cannes lors de la dernière Compétition officielle, Still the water est reparti sans prix. On comprend aujourd’hui pourquoi : ce nouveau film de la japonaise Naomi Kawase hésite trop entre chronique et poésie pure.

[rating=2]

Still the waterKaito et Kyoko. Deux jeunes amoureux vivant sur une île subtropicale au large des côtes japonaises. Deux jeunes gens qui se font du souci pour leurs mères respectives. Maladie grave ou solitude noire… L’absence guette. Une seule solution, selon les anciens du village : puiser de la force dans la nature. Pour commencer, dans la mer…

Still the water donne donc à voir deux passages à l’âge adulte. Sous le regard d’une nature remplie d’esprits. Cette nature, Naomi Kawase la filme de façon distante. Sans prendre son temps. Le vent se lève d’un coup, comme si le scénario le lui ordonnait. L’envoûtant Banian situé dans le jardin de Kyoko, qui fait face au lit de sa mère alitée, sera juste aperçu aux alentours de quelques plans. La mer rage, roule, mugit. Mais c’est encore la mer. Tous ces éléments naturels bordent le récit. Ils n’en sont pas des personnages à part entière.

Ce faisant, le film demeure à l’état de frêle chronique. Vie sur l’île, voyage à Tokyo, peur, impossibilité de se dire qu’ils s’aiment… Kaito et Kyoko sont donnés à suivre, mais pas à ressentir. Etait-ce vraiment le but de la réalisatrice ? A quelques moments, on sent qu’elle lâche prise. Ainsi, lors d’une cérémonie d’adieu à la malade, sa caméra participe. Suit les chants, la musique, l’agitation des personnes présentes. Passe d’une figure à l’autre. Nous offre des sensations. Qui peuvent nous parler, nous éclairer. Tout du long, on aurait aimé ressentir comme ça le fil ténu sur lequel marchent nos deux jeunes. Sur lequel la nature les retient, pour ne pas qu’ils chutent dans la noirceur. Mais tout avance selon un schéma trop réfléchi. On manque cruellement de cet air vivifiant que respirent les protagonistes. Difficile, dès lors, de s’intéresser à eux…

Still the water, un film de Naomi Kawase, avec Nijirô Murakami, Jun Yoshinaga, Tetta Sugimoto, Miyuki Matsuda, Makiko Watanabe. Drame japonais. Durée : 2h. Sortie le 1er octobre.

Visuel : © « FUTATSUME NO MADO »/Japanese Film Partners/Comme des Cinémas/Arte France Cinéma

Visuel Une : © Haut et Court

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : geoffrey.nabavian@free.fr / https://twitter.com/geoffreynabavia

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