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[Critique] Sainteté de la prostitution : « Indésirables » de Philippe Barassat

[Critique] Sainteté de la prostitution : « Indésirables » de Philippe Barassat

02 février 2015 | PAR Matthias Turcaud

Réalisateur en marge s’attaquant souvent à des sujets transgressifs – dont, par exemple, la nécrophilie dans le film du même nom -, et connaissant régulièrement des problèmes de financement, Philippe Barassat présente cette fois, dans son film Indésirables et avec son scénariste Frédéric Le Coq, la prostitution sous un angle tout sauf politiquement correct, pour un film à la fois dérangeant et d’une grande délicatesse, qu’on vous conseille de découvrir. 

[rating=3]

Avec Indésirables, le scénariste et réalisateur Philippe Barassat nous livre un bien étonnant film, un petit ovni, pour employer un terme galvaudé mais qui serait ici tout à fait légitime d’employer. Un infirmier au chômage s’y prostitue pour des handicapés physiques ou mentaux, afin de subvenir à ses besoins et de financer les études de sa petite amie, dont il est très amoureux. Le film ne correspond pas du tout à la vision diabolisée de la prostitution que les médias bien-pensants et la politique s’emploient à brosser.

On aurait pu penser que de parler de prostitution implique automatiquement une grande violence au vu de la réification et la transformation des êtres en valeurs marchandes auxquels elle semble condamner. Or, le film, à l’image de sa caressante photo en noir et blanc du chef opérateur Lazare Pedron et de son interprète principal le remarquable et très beau Jérémie Elkaïm, charrie une grande douceur. Les choses se font progressivement, sensiblement, naturellement. Le personnage d’Elkaïm, y apparaît moins comme un « prostitué » que comme un bon Samaritain, un véritable sain pour tous ces infirmes qui, sans lui, n’auraient jamais connu les plaisirs de la chair. D’ailleurs, les mots « prostitué » ou « prostitution » ne sont jamais prononcés tout au long du long-métrage.

Le film n’est pas sans maladresses, mais il fait entendre une voix bien singulière, nous secoue tout en semblant nous cajoler – des paradoxes que reflète en partie son casting très hétérogène, entre le doux et mélancolique Jérémie Elkaïm et les joyeux et excentriques Béatrice de Staël et Bastien Bouillon – proches du cabotinage – en aveugles, ainsi que son mélange d’acteurs professionnels et d’handicapés non-professionnels. Simultanément dérangeant et délicat, le long-métrage de Philippe Barassat s’avère fondamentalement paradoxal, nous parlant d’une chose à la fois sainte et « dégueulasse » à l’image de la chanson d’Elisa Point qu’on peut y entendre. Parce que le cinéma doit aussi être là pour bousculer nos a priori et nos idées toutes faites, il faut aller voir Indésirables.

Crédits photos : photos officielles du film.

 

Teaser :

Chanson « C’est dégueulasse » d’Elisa Point :

 

Indésirables de Philippe Barassat. Ecrit par Philippe Barassat et Frédéric Le Coq. Avec Jérémie Elkaïm, Béatrice de Staël, Benjamin Bouillon, Valentine Catzefils, Magali Le Naour-Saby. France. Zelig Films. Durée : 1h36. Date de sortie : le 18 mars 2015.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

One thought on “[Critique] Sainteté de la prostitution : « Indésirables » de Philippe Barassat”

Commentaire(s)

  • Matthias Turcaud

    Je n’ai pas laissé sous-entendre qu’il n’y avait pas aussi des handicapés acteurs professionnels et des non-handicapés non professionnels. Et enfin j’ai vu le film… Je ne comprends pas votre agressivité latente.

    février 19, 2016 at 23 h 52 min

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