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[Critique] « Le Chant de la mer », et les visages de la terre : un dessin animé émouvant

[Critique] « Le Chant de la mer », et les visages de la terre : un dessin animé émouvant

09 décembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Sous le crayon du réalisateur Tomm Moore, la nature vit, a des visages multiples, et nous sourit. Convoquant quelques légendes irlandaises, il compose un récit émouvant et drôle, qui touche par sa capacité à parler de nos tristesses.

[rating=4]

Le Chant de la merDans Le Chant de la mer, tout est adorable : Ben, petit garçon grognon mais aventureux ; Jo, son gros chien ; Maïna, sa soeur, qui ne parle pas ; leur père ; leur vieille grand-mère touchante… Il n’y a pas jusqu’à la Sorcière aux hiboux, « méchante » du film, sans l’être vraiment, qu’on ne trouve mignonne. Ajoutez à cela un bestiaire d’êtres bien croqués – petits esprits musiciens, phoques rondouillards… – et vous obtiendrez un univers tout mignon.

Mais chez l’auteur de Brendan et le secret de Kells, « adorable » ne veut pas dire niais. Plutôt merveilleux. Un merveilleux émouvant, pas vide et artificiel. Qui s’obtient par un travail. Ainsi les caractères de nos personnages sont-ils ambivalents, et pas manichéens. Ainsi les légendes irlandaises sont-elles au coeur du scénario. Et en constituent même l’armature : tout part de la disparition de la mère de Ben, qui, en fait, était… Chut. Le fantastique surgit quasiment de manière naturelle, au départ. Et le film sait conserver un côté profondément humain.

Le Chant de la mer 2Dans cet univers, hommes et puissances de la nature coexistent. Et cette dernière a un visage. Ou plutôt, de multiples visages. Tomm Moore et Adrien Mérigeau, le directeur artistique du film, ornent chaque caillou et chaque rocher de formes. Qui finissent bien souvent par lui offrir une tête… La lumière est aussi très présente, et source de nuances. La mer, ou la maison de la sorcière, sont composées de mille motifs. Le graphisme est émouvant et magnifique.

Et bizarrement, Le Chant de la mer apparaît comme un film simple. Son scénario, parsemé de quelques rebondissements – la petite Maïna est en fait un être magique – se résume très facilement. Mais cette simplicité touche. Le temps de quelques scènes, les caractères attachants des personnages et la beauté graphique discrète atteignent à l’épique. On pense à Hayao Miyazaki… quelques secondes. Car les légendes convoquées par Tomm Moore sont plus terriennes. Et peut-être plus oubliées… Dommage : elles savent très bien parler de nous, et de nos tristesses…

 Le Chant de la mer, un film de Tomm Moore. Dessin animé irlandais. Durée : 1h33. Sortie le 10 décembre.

A noter, également, la sortie aux éditions Glénat et P’tit Glénat du roman du film, et d’un livre illustré accompagné d’un CD, où l’histoire est racontée et chantée par Nolwenn Leroy, interprète des chansons du Chant de la mer.

Visuel : © Cartoon Saloon, Melusine Productions, The Big Farm, Superprod, Norlum

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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