Cinema
[Critique] « Joe » : le poids du Sud

[Critique] « Joe » : le poids du Sud

13 avril 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Après George Washington (2001), L’Autre Rive (2005) et Prince of Texas (2013), David Gordon Green, pour son nouveau film, persiste dans sa peinture, peu reluisante, du Sud des Etats-Unis. Malgré d’indéniables qualités, il ne parvient pas à trouver l’équilibre entre poésie et captation crue de la réalité. Et la torpeur nous gagne… jusqu’à une scène très forte.

[rating=2]

JoeDans Joe, la première scène frappe, dans tous les sens du terme. Elle est inhabituelle dans le cinéma américain actuel. On se dit que David Gordon Green va nous peindre le Sud sinistré des Etats-Unis, dans lequel il situe son action, d’une façon coup de poing. Perdu: il opte par la suite pour un style plus calme. Plutôt que la dureté, il préfère saisir la torpeur de cette ambiance. Une alternance des deux eût été la bienvenue, le rythme imprimé au film demeurant assez uniforme.

L’intrigue est simple, et pas vraiment inédite: Gary, un jeune garçon de quinze ans à la vie dure –en partie du fait de son père, alcoolique violent- trouve son salut en la personne de Joe, homme bien intentionné qui reste toujours en retrait, de peur de laisser éclater sa violence intérieure. Les personnages, s’ils n’apparaissent pas nouveaux non plus, contiennent du mystère: c’est la figure du père, quasiment plus humain –démarche raide, barbe qui lui cache le visage- qui marque le plus. D’autant plus lorsqu’on sait que son interprète, Gary Poulter, joue son propre rôle…   David Gordon Green prend le temps de les regarder, ces protagonistes. Mais rien à faire: leurs vies se traînent, et le film aussi. Les scènes où la violence monte n’émeuvent ni ne terrifient: elles apparaissent répétitives. Nicolas Cage a beau être à fond, nous, on n’est pas avec son personnage –le jeune Tye Sheridan nous accroche davantage.

Puis vient la dernière scène, dont on ne dira rien. Tendue, forte, elle apparaît comme l’explosion de la rancœur accumulée pendant le film. Tout le monde est là, tout le monde s’affronte. Agilité de la mise en scène, ambiance forte, point de non-retour franchi… Là, on est face à du très très bon cinéma. Original, qui plus est. David Gordon Green pourrait-il, à l’avenir, réduire son temps de chauffe ? Nous offrir de tels morceaux de bravoure à un rythme plus régulier ? Avec son talent, il pourrait dès lors tenir une bonne place dans le cinéma américain actuel…

Joe, un film de David Gordon Green, avec Nicolas Cage, Tye Sheridan, Gary Poulter, Adriene Mishler, Sue Rock. Drame américain, 1h57.

Visuel + Visuel Une: © Wild Side Films / Le Pacte

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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