Cinema

[Critique] « El Reino », polar brillant entre détails forts et tension pure

[Critique] « El Reino », polar brillant entre détails forts et tension pure

26 avril 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Avec ce polar sur fond de corruption, le réalisateur de Que dios nos perdones frappe fort, et atteint à une vraie folie cinématographique, en poussant littéralement à bout son personnage principal.

El Reino est un film qui vaut, en grande partie, pour les impressionnantes qualités de réalisateur de Rodrigo Sorogoyen. Ses plans-séquences ensorcellent, et la beauté de la photo entraîne tout de suite au cœur de son histoire. Progressivement, ces plans très mobiles apparaissent comme des reflets du paysage mental du protagoniste principal, si bien travaillés que l’on se dit, ici, qu’une deuxième vision du film s’impose, afin d’y voir d’autres détails.

Au centre du scénario, on suit Manuel Lopes-Vidal, membre important d’un parti politique appelé à en devenir le secrétaire dans une grande province. Une affaire de corruption, qui révèle le favoritisme qui règne au sein du parti, l’éclabousse. Soudain, cet homme peu sympathique (mais terriblement charismatique, et entouré de collègues pas meilleurs que lui humainement) doit porter le chapeau pour tous les autres. Vaille que vaille, il décide de résister, et de révéler tout ce qu’il sait sur ceux qui l’entourent et leurs malversations. Pour se servir lui, et lui seul, au final

La force d’El Reino réside dans la tournure que prend son récit, suite à ce point de départ : le film va nous montrer son personnage principal confronté à une suite d’échecs décourageants, qui vont littéralement le pousser à bout. Dès lors qu’elle empoigne cette thématique, la réalisation de Rodrigo Sorogoyen devient plus que brillante : elle se fait physique, frappante. Et les refus et tentatives ratées successives viennent mettre à l’épreuve le visage rayonnant de charisme, et dur, d’Antonio de la Torre. Ainsi que son corps, intense, engagé, à toute épreuve.

Film politique, mais aussi thriller et film d’angoisse pur, El Reino est aussi traversé par plusieurs passages où l’action règne. Dans ces derniers, tout demeure parfaitement lisible, donc très stimulant. La touche personnelle de Rodrigo Sorogoyen paraît quelque peu résider ici : dans le temps pris, dans le souci de tout décrire et de laisser les détails faire leur travail, sans que la tension en pâtisse jamais.

Visuel : © Julio Vergne

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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