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Critique de Rubber: Quentin Dupieux et son pneu tueur…

Critique de Rubber: Quentin Dupieux et son pneu tueur…

08 novembre 2010 | PAR Gilles Herail

Réalisateur de Steak, Quentin Dupieux continue ses expérimentations dans l’absurde. Synopsis: Dans le désert californien, des spectateurs incrédules assistent aux aventures d’un pneu tueur et télépathe, mystérieusement attiré par une jolie jeune fille. Une enquête commence…Visuellement très réussi et immédiatement sympathique, son Rubber pêche seulement par une mise en abime manquant de finesse sur sa vision « non sense » du cinéma. Reste une vraie belle proposition de cinéma.

Tourné en anglais dans des décors californiens fantasmatiques, Rubber nous conte donc une histoire à hauteur de pneu. Un pneu psychopathe qui massacre à tout va tout être vivant qui se retrouve sur son passage, avec un malin plaisir sadique. Voilà qui plante le terrain de jeu de Quentin Dupieux qui filme de façon quasi subjective les atrocités commises par son héros improbable. On ne pourra que saluer l’hommage indirect au fameux CCC (comité contre les chats initiés par les Nuls) avec les malheureux décès de nombreux animaux (mais aussi quelques humains) qui assouvissent sa soif meurtrière. La SPA criera donc surement au scandale mais les explosions de lapins ou autres scorpions offrent aux spectateurs un pur plaisir coupable totalement jouissif.

La vraie grande réussite du film, au delà de son comique gore amusant, est le travail sur le point de vue et la subjectivité. La plupart du film est ancrée dans le sillage du pneu et suit ses pérégrinations et ses états d’âme. Le pneu est un personnage à part entière, doué d’émotions et d’une mesquinerie enthousiasmante. Grâce à une attention toute particulière portée sur les sons et les mouvements, Dupieux arrive à l’humaniser et à faire adopter sa vision des choses. Comme dans Wall-E, le défi de faire comprendre des intentions et des émotions malgré l’absence de dialogues est relevé avec brio. Dupieux s’amuse aussi à accompagner les ruptures entre pulsions et satisfaction de son serial-killer par des musiques très bien choisies. On trouve ainsi une scène grandiose où le pneu venant d’être renversé par une voiture se retrouve fort déçu d’avoir perdu la trace de la belle jeune fille et se venge minablement sur un petit animal. Une musique douce et positive le suit ensuite rouler (gambader?) joyeusement, satisfait sous un beau coucher de soleil…

Était-il alors nécessaire de compléter le film d’une mise en abime lourdingue ? Le scénario intègre ainsi en parallèle des scènes où des spectateurs voient et commentent l’histoire du pneu. Le réalisateur est pourtant bien meilleur quand il privilégie les sons et les images aux dialogues pseudo réflexifs sur son cinéma et ses ambitions de réalisateur. Dommage donc de ne pas avoir assumé jusqu’au bout le postulat de base en réalisant un film 100% muet se focalisant uniquement sur le road-movie massacreur, du point de vue du principal protagoniste. La musique pop-techni-psychédélique de Mr Oizo (pseudo du réalisateur) et les paysages désertiques oniriques suffisaient largement à la réussite de cet univers si particulier. Un peu trop de sérieux qui aurait pu être simplement résumé par  la très intelligente image de fin (qu’on ne dévoilera pas!) qui revendique la liberté de créer dans une industrie du cinéma souvent frileuse. Ce principal défaut ne gâche que ponctuellement le plaisir d’assister à une projection OVNI bizarre, attachante et souvent jubilatoire!

Gilles Hérail

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