Cinema
Critique D’amour et d’eau fraiche : où sont passées les années d’insouciance ?

Critique D’amour et d’eau fraiche : où sont passées les années d’insouciance ?

30 août 2010 | PAR Gilles Herail

Sorti le 18 aout, D’amour et d’eau fraiche est encore à l’affiche d’un nombre décroissant de salles. Le film vaut pourtant vraiment la peine d’être vu grâce à une énergie débordante et un constat très lucide sur la jeunesse des années 2000.

Porté par deux acteurs montants, déjà excellents dans Le premier jour du reste de ta vie (Pio Marmai) et les grandes personnes (Anais Demoustier), d’amour et d’eau fraiche fait partie des bonnes surprise estivales dans un style proche de Copacabana.

La réalisatrice, Isabelle Czajika rate le sans faute à cause d’une fin bâclée qui s’enfonce avec facilité dans les clichés de l’histoire d’amour entre la fille sérieuse et le voyou ténébreux. Mais c’est la première partie du film qui mérite toustes les louanges. Avec un rythme soutenu et un ton incisif, D’amour et d’eau fraiche réussit à dresser un portrait très pertinent d’une génération d’étudiants qui galèrent pour s’insérer dans le monde des adultes.

Anais Demoustier donne au personnage de Julie Bataille (le nom n’est pas anodin) une force de caractère saisissante. Son entrée dans le monde du travail est chaotique et marquée par de nombreuses désillusions : les faux semblants, l’hypocrisie des relations entre employés, l’exploitation des stagiaires et les difficultés financières. Pommée, insatisfaite par la tournure que prend sa vie et demandeuse d’aventure, elle explose lors d’une engueulade familiale pour demander le droit au bonheur. Le constat du film est finalement simple. Dans un contexte d’incertitude, face à l’absence d’opportunités et à la difficulté de trouver un logement décent, la jeunesse actuelle se doit d’être raisonnable, mature et instantanément adulte. Le besoin désespéré d’insouciance et du droit à l’erreur est le thème central du film.

La réponse avancée par la réalisatrice est donc forcément décevante, face à la justesse du bilan. Tout abandonner et vivre à la campagne, quitter la ville pour les champs, le droit chemin pour les combines. Cette vision très soixantuitarde ne manquera pas d’en énerver (avec raison ?) certains. Le message final plaisant mais naïf conclut donc le film sur une fausse note.

Dans le genre du cinéma d’auteur social, la réalisatrice trouve cependant toute sa place avec fraicheur et modernité. On attend avec impatience son prochain opus que l’on espère toujours aussi juste, mais peut être moins fleur bleue.

G Hérail

Le bruit des glaçons : Drôle et surprenant, Blier au sommet de SON art
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Gilles Herail

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