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Critique: Cloud Atlas, les frères Wachowski reviennent dans un film somme sur le devoir d’insurrection

Critique: Cloud Atlas, les frères Wachowski reviennent dans un film somme sur le devoir d’insurrection

17 mars 2013 | PAR Gilles Herail

Échec commercial annoncé, Cloud Atlas fait partie de ces projets maudits, trop ambitieux, qui se perdent parfois en route mais marquent durablement. Du grand art.

Synopsis officiel. À travers une histoire qui se déroule sur cinq siècles dans plusieurs espaces temps, des êtres se croisent et se retrouvent d’une vie à l’autre, naissant et renaissant successivement… Tandis que leurs décisions ont des conséquences sur leur parcours, dans le passé, le présent et l’avenir lointain, un tueur devient un héros et un seul acte de générosité suffit à entraîner des répercussions pendant plusieurs siècles et à provoquer une révolution. Tout, absolument tout, est lié.

Ce Cloud Atlas nous fait évidemment penser au Mr Nobody de Jaco Van Dormael, pour sa structure éclatée. Mais aussi au plus récent Café de Flore de Jean-Marc Vallée qui s’intéressait aux destins répétés et au cycle des réincarnations. Cloud Atlas est avant tout un film des réalisateurs de Matrix, même s’ils ont été cette fois assistés par le réalisateur du Parfum. On retrouve cette vision désespérée du futur et la croyance quasi prophétique dans le sursaut, la résistance et l’insurrection. Leur film mélange les âges et les époques en suivant plusieurs destins. Des archétypes moraux de bien et de mal qui traversent les siècles dans un combat manichéen arbitré en permanence par des choix individuels. Le montage parallèle prend le temps d’installer ces histoires, dans des séquences qui se suivent sans jamais dépasser 5 minutes, dans une grande valse parfois maladroite mais relativement fluide.

Chaque histoire adopte un style, une tonalité, voire un genre cinématographique différent. Le polar des années 1970, le drame sur l’esclavage, la comédie de maison de retraite, la science-fiction désenchantée, un épisode de Star Gate, un drame passionnel. Avec une troupe d’acteurs qui incarne chacun un nombre incalculable de personnages. Pour le meilleur avec Halle Berry saisissante et impeccable dans chacun des costumes. Et le pire, Tom Hanks, souvent à côté de la plaque, pas aidé par des maquillages outranciers qui desservent le réalisme. Il faut accepter l’indigestion d’informations, d’ambiances et de détails au début pour se prendre au jeu et s’émouvoir de l’ensemble de ces histoires qui sont toutes traitées sur un pied d’égalité. Le propos sur la révolte peut paraitre naïf, jouant parfois trop avec l’émotion facile. Mais Cloud Atlas sait décliner son propos en jouant l’épique, l’artistique, le romantique. Et même le comique quand ce groupe de petits vieux mené par l’incroyable Jim Broadbent échafaude un plan machiavélique pour s’échapper d’une maison de retraite administrée par une équipe de fous furieux. Les Wachowski n’analysent pas la mécanique révolutionnaire aussi finement que dans l’incroyable V pour Vendetta. Mais ils réussissent leur objectif. Magnifier le courage de ceux qui ont osé et oseront dire non à un dogme, une superstition, une injustice. Surement naïf et adulescent mais diablement salvateur.

Cloud Atlas, un film des frères Wachowski et de Tom Tykwer, durée 2h45, sortie le 13 mars 2013

Gilles Herail

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Gilles Herail

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