Cinema
Cloclo, portrait génial d’un monstre de la chanson

Cloclo, portrait génial d’un monstre de la chanson

09 mars 2012 | PAR Yaël Hirsch

Très attendu, le biopic de Florent-Emilio Siri sur le chanteur français le plus populaire du 20ème siècle est une grande réussite. Tenant son propos et le spectateur en haleine pendant près de 2h30, ce Claude François incarné par Jérémy Renier est tragique, monstrueux et évoque le petit demi-siècle qu’il a parcouru. Sur nos écrans le 14 mars 2012.

Claude François (Jérémie Regnier) grandit en Égypte auprès de sa sœur, Josette (Sabrina Seyvecou) et  de sa mère, Chouffa (Monica Scattini), avec un père très rigide, haut fonctionnaire français dans l’administration du Canal de Suez. En 1956 après l’échec de l’opération militaire pour conserver le canal, et la nationalisation, toute la famille est contrainte de déménager brusquement en métropole. Ils vivent de pain vinaigrette et, contre la volonté de son père qui ne lui pardonnera pas, le jeune-homme de 17 ans décide d’abandonner ses études de droit pour commencer une carrière de musicien, afin de faire vivre sa famille. Il commence comme batteur à Monaco, avant de devenir chanteur. Il déménage à Paris. Malgré le succès qu’il rencontre auprès des femmes quand il est sur scène, il met longtemps à convaincre Philips de produire un de ses 45 tours. Et encore plus longtemps à rencontrer le succès avec la transposition de « Girls Girls Girls » de Phil Everly : « Belles Belles Belles ». Dès lors suivi par Paul Lederman comme impresario (Benoît Magimel transfiguré), « Cloclo » commence en « Cette année-là » sa fulgurante ascension. Une ascension qui s’accompagne d’une mégalomanie rendant impossible toute relation amoureuse et d’une maniaquerie maladive, qui pousse l’artiste vers les cimes de l’hyper-contrôle et de l’artifice.

Admirablement servi par Jérémy Renier, « Cloclo » offre plus que « le destin tragique d’une icône de la chanson française décédée à l’âge de 39 ans ». A travers le portrait psychédélique assumé de l’enfance égyptienne, et l’angle du contrôle obsessionnel, Julien Rappeneau au scénario et Florent-Emilio Siri à la caméra dressent le portrait d’un véritable monstre. Ni sympathique, ni antipathique, ce Claude François est un artefact, un cyborg muant au gré de ce que le public attendrait de lui. Bref, une version béta de Lady Gaga, qui prouve bien que le star-system n’a jamais été un bol de lentilles offert à des enfants de chœur. Ce que la figure omniprésente de Paul Lederman est bien là pour confirmer : l’impresario prend des tours kafkaïens pour pousser le serpent de scène à toujours se renouveler et changer de peau pour combler les attentes d’une masse informe. Le public est alors la maîtresse hystérique d’une idole créée de toutes pièces. Servi par les chansons que l’on connaît tous et par des dialogues excellents, le film agit en hypnose  pendant 2 heures et 28 minutes; Parce qu’il sait servir, sous les strass et les gossips glamours sur Claude François et France Gall, une vision terrifiante et néanmoins séduisante de nos sociétés du spectacle.

« Cloclo », de Florent-Emilio Siri, avec Jérémie Renier, Benoît Magimel, Sabrina Seyvecou, Monica Scattini, Ana Girardot, Joséphine Japy, France, 2012, 2h28, Studiocanal. Sortie le 14 mars 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

7 thoughts on “Cloclo, portrait génial d’un monstre de la chanson”

Commentaire(s)

  • Je ne suis pas un fan absolu de Cloclo mais j’irai probablement au cinéma pour voir comment est traité le sujet. Merci pour le synopsis et la vidéo !

    mars 9, 2012 at 20 h 20 min

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