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Cannes, jour 8 : La nostalgie Sorrentino, l’energie Mustang et l’évènement « Love » de Gaspar Noé

Cannes, jour 8 : La nostalgie Sorrentino, l’energie Mustang et l’évènement « Love » de Gaspar Noé

21 mai 2015 | PAR La Rédaction

Alors que le marché du film a fait sa fête officielle de clôture le 19 mai et fermé bon nombre de ses stands, ce huitième jour de compétition cannoise était plus calme mais néanmoins concentré.

Du côté du Palais, la journée de compétition a commencé sur la nostalgie magnifique de Paolo Sorrentino. Le réalisateur qui était reparti bredouille (mais oscarisable!) il y a deux ans avec la somptueuse Grande Bellezza est de retour avec une version fellinienne de la Montagne Magique : Youth. A travers le duo Michael Caine / Harvey Keitel, qui jouent respectivement un compositeur et un réalisateur, c’est la question de l’éternité de l’art – même fait par des maestro vieillissants- qui est posée. Moins tragique que le précédent opus, ce nouveau Sorrentino creuse le sillon d’un art de la nostalgie achevé. On en sort attendri et ébloui, mais malgré la nouveauté de personnages féminins imposants (Raquel Weisz amante délaissée; Jane Fonda en essence atomique de comédienne), il y a là trop de variations et pas assez d’innovations pour qu’on puisse parier sur une palme… Très agréable tout de même! [rating=4] Pour lire notre article sur le film, c’est ici.

Et pour retrouver nos impressions en live à la sortie de cette première séance de la journée grâce au travail des équipes de l’EICAR, c’est ci-dessous:

Direction ensuite la Hors compétition, pour découvrir le nouveau film de Robert Guédiguian (ci-dessus, sur la seconde photo, interviewé par Jean-Jacques Saradjian). Le titre : Une histoire de fou (le titre international traduit : Non ne dites pas que ce garçon était fou). Ou l’histoire des communautés arméniennes d’Europe, au sortir du génocide, puis dans les années 70. L’assassinat de Talaat Pacha, en 1921, par Soghomon Tehlirian (Robinson Stévenin). Puis le parcours d’Aram (Syrus Shahidi), jeune marseillais prenant les armes pour la mémoire du génocide, dans les années 70. film imparfait, avec pourtant un souffle et une vérité. Ainsi que de beaux personnages, bien joués par Ariane Ascaride, Grégoire Leprince-Ringuet… Et surtout, de belles scènes bien longues, dans lesquelles la mémoire des massacres se trouve mise à jour, et en perspective. [rating=3] (Voir notre critique.)

En début d’après midi, nous avons pu rencontrer la réalisatrice turque, Deniz Gamze Ergüven, pour dicscuter avec elle de son magnifique film, Mustang (dont la critique arrivera cet après-midi). Initialement prévu avec les 5 jeunes héroïnes du film, l’interview s’est restreint à la réalisatrice pour cause de « retard dans le planning d’essayage des robes et maquillage en prévision de la montée des marches du soir« . Présentes sur la plage de la Quinzaine, les jeunes filles se sont laissées prêtées au jeu des photos, s’amusant à courir dans le sable fin de Cannes.

Du côté d’Un certain regard, Madonna de Shin Sue-Won était présenté par l’équipe du film. L’histoire est celle d’une jeune-femme de 35 ans (jouée par l’actrice Seo Young-Hee qu’on connait notamment du film Blood Island (voir notre critique) qui devient aide-soignante dans l’aile VIP d’une clinique. Là, elle fait à la fois la rencontre du fils très séduisant d’un homme très riche dans le coma et d’une prostituée arrivée enceinte et sans nom : Madonna. Elle-même endettée et rêvant d’un monde plus opulant, la jolie héroïne entre dans la vie de cette Madonne étrange et fascinante… Avec un climat bien posé et une des personnages très bien dessiné, le film est tout à fait prenant [rating=3]

A 16h30, Cannes Classics accueillait le réalisateur Laurent Roth et la comédienne Mireille Perrier pour la projection de la copie restaurée d’un documentaire qui a maintenant 30 ans et un titre à tomber: Les yeux brûlés. Entrelacement d’archives de vidéos de guerre, et de questions posées dans un aéroport par Mireille Perrier à des photographes qui ont suivi les troupes françaises en Indochine, ce documentaire rythmé par la musique sacrée de Mozart se confronte avec mestria au tabou de la beauté de la guerre telle qu’elle se révèle dans les images (les corps étripés peuvent avoir la juste lumière de la leçon d’anatomie de Rembrandt) et aussi ans les sons (on apprend qu’un obus qui tombe n’assourdit pas à son point de réception mais siffle joliment). Une réflexion importante et qui n’a pas pris une ride… [rating=4]

Du côté du cinéma chinois, autant Jia Zhang-Ke nous a ravis hier (voir notre critique), autant film en compétition de la soirée, Nie Yinniang ou The Assassin de Hou Hsiao Hsien nous a laissés dubitatifs. Le papa de la Nouvelle vague à la chinoise nous a plongés dans un film en costumes plombant en nous téléportant dans la Chine du 9ème siècle. Super forte en arts martiaux, Nie Yinniang, l’héroïne, est supposée revenir dans sa province natale du Weibo pour éliminer le tyran qui fait dissidence par rapport au reste du royaume. Avec des plans larges et magnifiques en extérieur et une caméra rapprochée qui semble sonder les personnages aux costumes incroyables en intérieur, le film avance avec une lenteur surannée où l’action est souvent ce qui est dit. Du théâtre, donc souvent, avec des décors et une action qui passe tellement au second plan qu’on en perd le fil. [rating=2]

En fin de journée, la Quinzaine des Réalisateurs a sonné creux. La file d’attente était bien mince pour le film Lituanien Peace to Us in our Dreams, et les rangs bien clairsemés une fois à l’intérieur du cinéma. Cela aurait dû nous mettre la puce à l’oreille … Au 8ème jour de Cannes, une telle contemplation au niveau de l’intrigue et de la mise en scène ne pardonne pas. Le film est trop plat, ennuyeux et ne captive jamais le spectateur ([rating=2]).

Enfin, quatre d’entre nous ont décidé de s’enfoncer dans la nuit, et d’aller se frotter à Love, nouvelle création de Gaspar Noé, cinéaste audacieux s’il en est. Certains – les demoiselles surtout…- n’ont pas tenu, ou se sont endormies. D’autres – les hommes, étrange ou pas ? – ont trouvé cet objet absolument maîtrisé sur le plan de la réalisation, et hyper troublant. Moins pour ses scènes de sexe crues que pour son récit, et son montage… On peut y voir une sorte de journal filmé du jeune Gaspar, perdu dans une relation amoureuse jusqu’au-boutiste ([rating=4]). Au mépris des règles, on a quitté ce film à trois heures du matin, remplis de rêves de cinéma.

Retrouvez tous nos articles sur le 68ème festival de Cannes dans notre dossier Cannes 2015.

 visuels : YH / GN

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