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Cannes, jour 6 : de l’action japonaise, un Guillaume Canet américain avec blood ties, Sorrentino génie de la nostalgie à la romaine et James Franco essayiste de Faulkner

Cannes, jour 6 : de l’action japonaise, un Guillaume Canet américain avec blood ties, Sorrentino génie de la nostalgie à la romaine et James Franco essayiste de Faulkner

21 mai 2013 | PAR Yaël Hirsch

La journée a commencé sur les chapeaux de roue pour la Croisette en ce lundi de Pentecôte. Avec en perspective une journée chargée en émotions cinématographiques et en glamour, la presse a entamé directement sur un thriller nerveux et sanglant du japonais Takeshi Mikke . En compétition, « Shield of Straw » (Wara no tate) démarre sur un sans faute : intrigue classieuse : la tête d’un criminel est mise à prix, et la police va devoir protéger le salaud pour assurer que la justice triomphe de la vengeance, et images bleutées d’une précision redoutable. Mais petit à petit moralisation et temps morts plombent l’intrigue et lassent le spectateur. Une déception, donc.

A 11h30 le tapis rouge est déjà en mode glamour. Toute l’équipe du film de Guillaume Canet (et James Gray !) montait les marches pour la projection de « Blood Ties’.

La touche people de la journée est venue de la sélection officielle hors compétition avec une tombée de stars sur les marches pour le remake par Guillaume Canet des « Liens du sang » de Jacques Maillot. Transposé dans le New-York des années 1970, « Blood Ties » compte à son casting : le charismatique Clive Owen, Matthias Schoenaerts, James Caan, le talentueux Billy Crudup et trois divas : Marion Cotillard, Mila Kunis et Zoe Saldana. Co-écrit avec James Gray (lui-même en compétition cette année avec « The Stranger »). Malgré ce casting et une image toujours impeccablement traitée par le complice de toujours de Canet, Christophe Offenstein, le film, long de 2h40 ne survit pas à la « traduction ». Ses dialogues catastrophiques, les acteurs achoppant contre un texte qu’ils ne vivent pas (sauf Mila Kunis et Billy Crudup), et la langueur infinie de nombreuses scènes noient cette histoire de deux frères ennemis liés à mort dans une boue d’artificialité. Dommage pour le petit prince français pour qui le succès outre-Atlantique de « Ne le dis à personne » avait ouvert toutes les portes. Dans ses interviews, Canet est très transparent sur les difficultés du tournage : les spécificités d’un plateau américain, la défection de dernière minute de Mark Wahlberg et les soucis de budget. Tout ceci se sent quand on voit le film…ce qui n’a pas empêché la conférence de presse d’être prise d’assaut.

Après avoir pris un peu d’agréable soleil, à 19h, la compétition continuait, avec la projection pour la presse de la « Grande Bellezza » du déjà très palmé Paolo Sorrentino. Une fresque nostalgique et magique qui met en scène un festin de décadence consciente d’elle-même dans la ville éternelle. Notre grand choc émotionnel et visuel de la journée.

La soirée de cinéma s’est terminée dans un parterre de lycéens américains venus acclamer l’idole nationale du cinéma indépendant : James Franco. L’acteur étudiant à Yale réalisateur et écrivain a décidé de présenter dans la section « un certain regard » une adaptation de ..  « As I lay Dying » de Faulkner. Du vrai « essai » qui mêle accent traînant du sud, champs potemkines, split screen permanent, caméra au poing moderniste (on est dans du modernisme littéraire que diable !) et visage christique de l’acteur omniprésent. Bref de l’intellectuel où il fallait s’accrocher.

La journée s’est terminée par une jolie soirée sur le bateau Arte, une élégante embarcation art déco plantée dans le port de Cannes où les convives, bien habillés, discrets et heureux de danser sirotent discrètement une coupe de champagne en parlant vraiment cinéma. Rone Mixait, tout baignait et notre chroniqueuse, Edwige, a même longuement parlé avec Emilia Derou-Bernal, l’actrice de Donoma. Le cycle s’est terminé dans une autre institution de Cannes, et des plus sympathiques : « Le petit Majestic », bar ouvert sur la rue où se retrouvent ceux et celles costume ou pas qui n’ont pas de cartons pour les soirées. L’ambiance est formidable (quand il fait beau) et la bière coule à flot…

Rendez-vous demain pour plus de cinéma et plus de Croisette!

Jacques H. Paget, Le pouvoir de la force mentale. Les clés d’un moral d’acier
Pierre Monat, Histoire profane de la Bible
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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