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Cannes, jour 6 : Resnais bien entouré, Hong Sangsoo clown irrésistible et Ken Loach tel qu’en lui-même

Cannes, jour 6 : Resnais bien entouré, Hong Sangsoo clown irrésistible et Ken Loach tel qu’en lui-même

22 mai 2012 | PAR Yaël Hirsch

Toujours sous des trombes de pluie, la journée a commencé dans la camaraderie avec le dernier opus d’Alain Resnais, 90 ans, entouré d’une quinzaine de ses comédiens fétiches. Bousculades à la conférence de presse où on ne savait pas où donner de l’appareil photo entre la robe rouge élégante d’Anne Consigny, les yeux bleus rieurs d’Anny Dupeyrey, le sérieux de Lambert Wilson et la timidité de Denys Podalydès.

Juste après le moment du petit déjeuner tardif où toutes les grandes affaires ont l’air de se conclure au Majestic, a eu lieu la présentation du 7ème prix France Musique-Sacem de la musique de film. Si Alexandre Desplat semble le chouchou du Festival de Cannes, où il a fait une leçon et écrit aussi bien la musique de De Rouille Et d’Os que de Moonrise Kingdom, la liste des nominés pour succéder au lauréat de 2011, Bruno Coulais, est longue. Le suspense prendra fin le 12 novembre 2012 auTrianon, où le jury présidé par le directeur de France Musique, Olivier Morel-Maroger, remettra le prix. Et comme celui-ci consiste en une commande d’œuvres par la chaine de radio suivie d’une performance live, le vainqueur de 2011, Bruno Coulais livrera une version live de cette commande dans la foulée de la remise du prix 2012.

En début d’après-midi, la Quinzaine des réalisateurs projetait un film qui a fait le buzz à Sundance cette année et a fait hurler de rire son public. L’original Room 237 de Rodney Ascher est une enquête sur les sens et les significations que l’on peut donner au film d’horreur de Stanley Kubrick, The Shinning. Illustrant les propos de 5 ou 6 fanatiques absolus du maître avec des extraits des films de Kubrick (des schémas didactiques issus de scène de Shinning mais également de Eyes Wide Shut – la scène où Tom Cruise passe devant un cinéma qui joue… The ShinningBarry Lindon, 2001 ou Orange Mécanique) et quelques images d’archives balancées avec un rythme irrésistible, Ascher nous fait hurler de rire en laissant ses interlocuteurs présenter leurs théories les plus farfelues sur les messages cachés du film. Ce serait un opus sur le génocide des indiens (à cause des canettes « calumet » que l’on voit en arrière-plan), sur la Shoah (la machine à écrire allemande de Jack Nicholson) ou une fresque sur nos fantômes sexuels. En tous les cas, tout se passe comme si le génie Kubrick n’a pas pu vouloir faire un basique film de genre. Si bien que chaque problème de raccord ou d’harmonie est exploité pour échafauder des hypothèses qui sont de plus en plus délirantes et décrites avec de plus en plus de sérieux… Enfin un film de cinéphile qui se moque avec grâce des dérives de la cinéphilie.

A 16h, reposés par le côté potache du film de Ascher, c’est sans le faire tout à fait exprès que nous avons monté pour la première fois et officiellement les marches du Palais. Hier, les salles de projections du film de Hong Sangsoo, In another Country, étaient trop petites pour que nous nous y risquions. C’est donc pendant la projection officielle avec Isabelle Huppert en tenue de gala blanche malgré la pluie que nous avons vu ces trois variations adorables et fraîches du réalisateur coréen une scène de la vie d’une étrangère dans son pays. A l’occasion, nous avons aussi réalisé combien le public cannois des projections tapis rouge est sympa, riant de bon cœur à chaque trait d’humour et applaudissant volontiers. Peut-être perd-on le caractère négatif du sens critique à mesure qu’on gagne en élégance pour se plonger dans une salle obscure ?

Petite pause et changement de décors pour un intermède de fiesta cannoise. Hier soir, nous avons bravé la pluie pour découvrir la magnifique maison des inRocKs (qui est aussi celle du programme de mécénat d’Audi). Un peu excentrée, mais très accessible (on dit que 400 invitations seraient distribuées tous les jours), elle offre une exposition d’art contemporain à l’intérieur et sinon beaucoup de place en jardin. Il y a un côté festival d’été dans cette jolie propriété de fête et de son, en un peu plus chic, avec des bars tenus par la vodka Grey Goose. Hier, c’était soirée Sosh- la marque mobile sans abonnements d’Orange- avec la projection d’un documentaire sur les LCD SoundSystem Shup up and play the Hits(un peu bruyant et pas très attachant) et un set tenu par les très très attendus rois de la fête, les 2 many DJ’s.

Nous n’avons pas vraiment eu le temps de les attendre car à 22h, il fallait voir le Ken Loach en compétition, La Part des Anges, qui interroge un jeune délinquant sur le poids de son passé.

Rendez-vous demain pour le live-report d’un 7e jour de festival (et 5e de pluie torrentielle) qui a commencé par La Mort En Douce d’Andrew Dominik, un polar avec l’irrésistible Brad Pitt et qui devrait se finir avec une vieille connaissance et un jeune talent soutenu par Toute la Culture : Laurent Couson au piano.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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