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Cannes, jour 1 : Un film d’ouverture décevant, des interviews au pavillon ukrainien et les images fortes de Garrone

Cannes, jour 1 : Un film d’ouverture décevant, des interviews au pavillon ukrainien et les images fortes de Garrone

14 mai 2015 | PAR Yaël Hirsch

Alors que cette année, l’équipe de la culture est descendue en force (7 rédacteurs !) pour couvrir comme il se doit la 68ème édition du Festival de Cannes, tout a commencé sous le soleil et sur des chapeaux de roue. La grande nouveauté 2015 pour Toute La Culture ? Un partenariat avec l’EICAR, grande école d’audiovisuelle parisienne qui nous ouvre les portes de formats vidéo. Au jour le jour, vous verrez donc les réalisateurs parler de leurs films et aurez accès à une galerie de portraits des divers métiers qui s’activent sur la croisette.

La matinée a commencé comme il se doit : par la mission de récupérer nos accréditations dans les sous-sols du palais. Force est de dire que les équipes du Festival sont bien organisées et que l’on a pu tout récupérer à temps pour entrer en salle Debussy et voir avant le tapis rouge du soir La Tête Haute d’Emmanuelle Bercot. Retrouver le générique du Festival nous a plongé dans une émotion qui a bien manqué au film, malgré le sujet social important (l’éducation d’un adolescent que sa violence pousse à la délinquance) et les comédiens magnifiques (Deneuve, Magimel, Forestier et la révélation Rod Paradot). Voir notre critique.

Si récupérer l’accréditation était facile, en revanche, cette année le badge bleu (mineur par rapport aux divers degrés du rose) s’est prolétarisé : malgré des heures de queue (et par deux fois) impossible d’assister à la projection du premier film en compétition Notre petite sœur du réalisateur japonais Kore-Eda Hirokazu.

De même, alors que nous assistions traditionnellement sans problème à la conférence de presse du jury de compétition officielle, cette année, malgré deux heures de file et un aperçu plus que partiel sur la tenue corail de Rossy de Palma et la robe bustier Balenciaga de Sienna Miller, nous n’avons pas pu entrer entendre les présidents, Joël et Ethan Coen, nous parler de la manière dont ils endossent leurs rôles. C’est vaguement sur écran, dans le brouhaha des couloirs du palais que nous avons pu entendre Joël nous dire que c’était sa première expérience du juré, Ethan s’en faire écho par un « Oh yeah » minimal, tandis que Sophie Marceau et Sienna Miller rivalisaient d’hyperboles pour déclarer qu’elles étaient flattées d’êtres jurés, avec des gens si intelligents. Bon sinon, on a aimé le costume bleu, la marnière et l’air débordé de Xavier Dolan, ainsi que le détachement Jake Gyllenhaal

Dans l’après-midi, nous avons retrouvé notre premier binôme de l’EICAR au pavillon Ukrainien pour deux interviews européennes au soleil. D’abord un portrait engagé de la réalisatrice et productrice ukrainienne Regina Maryanowska-Davidzon qui nous a parlé de ses prochains projets de tournage en Ukraine et de l’importance de continuer à filmer dans ce pays en guerre.

Et puis un entretien avec un duo de jeunes producteurs plein d’énergie, Line et Jean-Baptiste Brucena, fondateurs de GengisKhan production et prêts à passer à la réalité virtuelle après une douzaine de courts qui ont fait le tour des festivals. Tous nous ont parlé de la place spéciale qu’occupe le Festival de Cannes dans leur vie professionnelle et aussi un peu personnelle.

Le temps de prendre une glace sur le port et il était impératif d’arriver tôt pour faire la file pour entrer à la projection du deuxième film en compétition officielle : Tale of Tales de Matteo Garrone. Palme de la mise en scène pour son dernier opus, le réalisateur italien propose sous l’affiche très accrocheuse de Salma Hayek attablée devant un cœur sanglant, une adaptation d’un livre classique du XVIIème siècle de Giambattista Basile. Si le film – comme le livre- dépeint de manière très décousue et anecdotique les aventures de trois rois ou reines voisins aux prises avec le fantastique, le film dépasse néanmoins la seule beauté de la photo ou de la mise en scène. Ancré dans les désirs à la fois dangereux, impérieux et puissants de ses personnages, il convie à la table de l’animalité certaines images d’une force telle, qu’elles nous parlent ici et maintenant. Ainsi d’une princesse enlevée refusant le rapt et décapitant son époux, ou de deux sœurs âgées en refus de leur peau plissée et qui la font écorcher pour lui rendre sa jeunesse. De même, le gargantuesque désir d’enfant de la reine jouée par Salma Hayek est quelque-chose que tout un chacun peut reconnaître. De fait, si le film a divisé la rédaction, on peut saluer Garrone pour avoir rendu justice à ses personnages féminins, à la fois monstrueux et complexes, castrateurs et magnifiques. Bref, des portraits de femmes vraiment intéressants, même si un peu effrayants.

Le temps de se changer et nous avons fini la soirée avec le magazine Clap, qui faisait la bringue au club Vertigo, au cœur de la ville. Au programme : champagne, show et grandes discussion sur les films du jour. Nous avons aussi pu rencontrer les organisateurs de la Queer Palm, compétition parallèle dont nous espérons vous reparler bientôt.

Demain, la journée sera chargée avec l’ouverture simultanée de la Quinzaine des Réalisateurs (avec L’ombre des femmes de Philippe Garrel), de la Semaine de la Critique (avec Les anarchistes d’Elie Wajeman) et de Un Certain Regard. En premier lieu à 8h30, le jeudi 14 mai à Cannes commence en fanfare avec le retour de Mad Max. A demain

Retrouvez tous les articles sur cette édition du Festival de Cannes dans notre dossier spécialement consacré.

Visuel : (c) DR

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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