Cinema

[Cannes, Compétition] « Julieta », une patte Almodovar toujours plaisante et sensible

[Cannes, Compétition] « Julieta », une patte Almodovar toujours plaisante et sensible

17 mai 2016 | PAR Geoffrey Nabavian

Dans la pure tradition Almodovar, ce drame évite cette fois les trop grosses ficelles, pour livrer un portrait sensible et bien interprété.

[rating=3]

Julieta 3Julieta, la cinquantaine, professeur à Madrid, est à quelques jours de son départ définitif pour le Portugal. Dans la rue, elle croise l’ancienne meilleure amie de sa fille unique, Antia. « J’ai revu ta fille en Italie, tu sais qu’elle a trois enfants ? » Choc pour Julieta : douze ans plus tôt, Antia a coupé tous les ponts avec elle, sans lui donner d’explication. Ébranlée par ces nouvelles, les premières depuis la rupture, Julieta change d’avis : elle va demeurer à Madrid, et se replonger dans ce passé, marqué notamment par la mort du père de sa fille, un pêcheur disparu dans une tempête.

Solaire, vivant et musical, malgré les thèmes graves qu’il aborde, ce nouvel opus de Pedro Almodovar ne révolutionne rien, mais fait du bien. Grâce, essentiellement, à ce mélange d’énergie et de tristesse dont est coutumier le maître espagnol. L’homme reste fidèle à son style, dont il a la parfaite maîtrise, et l’adapte à une histoire forte qui retient l’attention, à la façon de Ken Loach, dont on a bien aimé, à Cannes 2016, Moi, Daniel Blake. Ici, les situations sont justes, et bien jouées : Adriana Ugarte et Emma Suarez composent ainsi deux Julieta magnifiques, à deux âges de la vie. Le père (excellent Joaquin Notario) ou la bonne (Rossy de Palma, vieillie, convaincante) sont tout aussi biens dans leurs rôles. Tout fait vrai, on ne se sent pas encombrés par des artifices scénaristiques bizarres, comme parfois chez Almodovar.

Julieta évite ainsi toute prétention pour ne livrer qu’une histoire à la fois très touchante, et pleine de souffle. Alors tant pis s’il y manque de l’ampleur, et si certains de ses thèmes ne sont qu’effleurés : on aime qu’Almodovar préfère, pour garder la main, s’en remettre à la justesse et à la simplicité. En plus de prodiguer des leçons de mise en scène lors de quelques passages durs, rendus à l’écran avec beaucoup de pudeur, il signe un film qui fait voyager. Désabusé, Pedro ? Jamais !

Julieta est à voir en salles à partir du mercredi 18 mai.

Visuels : © El Deseo – Manolo Pavón

[Cannes, Compétition] « American Honey », brillant mais bizarrement inabouti
Le festival breton Art Rock, explosion de couleurs et de sonorités internationales pour cette édition!
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : geoffrey.nabavian@free.fr / https://twitter.com/geoffreynabavia

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *