Cinema
Cannes 2022, Un certain regard : War Pony, chronique trop en surface de Riley Keough

Cannes 2022, Un certain regard : War Pony, chronique trop en surface de Riley Keough

27 mai 2022 | PAR Geoffrey Nabavian

Assistée ici à la réalisation par Gina Gammell, l’actrice américaine signe un premier long-métrage sur la vie d’Indiens dans la réalité des Etats-Unis d’aujourd’hui, et ne livre au final qu’un objet un peu trop simple.

War Pony est une chronique sociale suivant des personnages de différents âges, Indiens Oglalas vivant, aux Etats-Unis, dans la réserve de Pine Ridge. Une chronique d’existences difficiles, bien sûr, dans la pauvreté, la débrouille et le manque d’horizon, avec parfois quelques rayons de soleil. Mais Riley Keough, pour le premier long-métrage qu’elle réalise, avec Gina Gammell, ambitionne également de parler d’appartenance, vis-à-vis de ces Indiens d’Amérique du Nord dont les vies actuelles résultent en grande partie des massacres du passé et de la soumission des tribus dans la violence.

L’objectif n’est hélas pas vraiment atteint : on se dit, à l’issue de la projection, que le grand film qui penserait et donnerait à voir la place des Indiens dans les Etats-Unis d’aujourd’hui, réelle comme rêvée, dans sa complexité comme dans ses aspects douloureux – celui dont rêvait Michael Cimino – reste à faire. Bien qu’on salue toujours ce genre de projets, et le fait qu’une actrice célèbre se lance dans ce thème…

Beaucoup de choses apparaissent trop superficiellement dites et figurées, dans ce long-métrage : l’un des personnages – attachant par ailleurs, en partie du fait de celui qui l’interprète – rêve de sortir de sa condition en gagnant davantage, et en travaillant pour un riche. Il est ainsi sensé symboliser « l’appartenance aux Etats-Unis d’aujourd’hui des Indiens », vissés pour certains au rêve américain. La réflexion semble ici trop courte : une telle idée pourrait être figurée avec davantage de profondeur, quitte à partir sur une voie plus abstraite, plus riche au final.

Du même coup, bien des situations auxquelles on assiste apparaissent déjà-vues. Il en va de même pour un autre des protagonistes, jeune pré-adolescent sans beaucoup d’horizon, qui deale la drogue de son père. En voulant peut-être adresser des messages et alarmer, de façon trop évidente, Riley Keough reste en surface, et manque de visiter les aspects plus profonds – et donc peut-être plus douloureux encore – de son sujet.

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2022

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Visuel : © Felix Culpa

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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