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Cannes 2022, Compétition : La Femme de Tchaïkovski : La petite musique soporifique de Kirill Serebrenikov

Cannes 2022, Compétition : La Femme de Tchaïkovski : La petite musique soporifique de Kirill Serebrenikov

19 mai 2022 | PAR Yohan Haddad

Après la présentation l’année dernière en compétition du trip expérimental La Fièvre de Petrov, le cinéaste russe revient en compétition cette année avec un film en costumes aux ambitions trop grandes et peu dissimulées.

Kirill Serebrenikov est partout. En un été, le cinéaste, scénariste et metteur en scène russe s’invite dans deux des plus grands festivals au monde, Cannes pour le cinéma et Avignon pour le théâtre, où il y présente une pièce de théâtre intitulée Le Moine Noir, d’après Anton Tchekhov.

À Cannes, un an après La Fièvre de Petrov, il revient avec La Femme de Tchaïkovski, un film en costumes prenant place à la fin du XIXème siècle se consacrant à la femme du célèbre compositeur, Antonina Milioukova, avec qui Tchaïkovski resta durant de longues années malgré son homosexualité, qu’il ne dévoilera jamais réellement. Cette femme est le symbole de tous les paradoxes : elle est tour à tour aimante et insupportable, candide et déraisonnable, compilant toutes sortes de réactions surdimensionnées face à un mari qui l’estime peu, puis finalement pas. Tchaïkovski apparaît ici comme un musicien doué, maître de ses sentiments dissimulés sous sa grosse barbe rousse. Elle apparaît comme une femme maltraitée par la vie, dont la rencontre avec le génie l’amène vers le mal de la dépression.

Sur fond d’une photographie grisâtre et pas forcément très esthétique, Serebrenikov dissèque le mal-être d’une société aristocratique prise dans le piège des apparences, comme celui qui enferme forcément le compositeur, étant obligé de dissimuler son homosexualité pendant de longues années à son épouse, avant de la quitter complètement pour changer de vie, loin des mauvaises habitudes du quotidien.

Pourtant, dépassé ce postulat de départ forcément intriguant, La Femme de Tchaïkovski n’est le fruit que d’une soi-disant démonstration de mise en scène, tentant de montrer à tout prix et à tout instant que Serebrenikov est un artiste cosmopolite, pouvant mêler des scènes quasi-comiques aux écueils morbides, comme dans la première séquence du film, où bien même avec des séquences musicales proches de l’expérimental, comme la dernière scène du film le montre. Le reste du métrage découle pourtant d’un classicisme qu’il tente de démonter en renversant les apparences sociales et en faisant de son personnage féminin une véritable victime vis-à-vis de son mari. Le film retombe pourtant rapidement dans les poncifs habituels du genre, se caractérisant par une nécessité de faire traîner son récit sur une durée imbuvable de 2h30.

Dans la mélasse cannoise des films de plus de 2 heures en compétition, La Femme de Tchaïkovski en est un échec cuisant, provoquant un ennui profond et une déception absolue face aux talents de cet artiste multitâche capable de bien mieux.

Visuel : Photo du film (bande annonce)

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Yohan Haddad

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