Cinema
[Cannes 2021, Un certain regard] Un monde, film choc nécessaire et déchirant

[Cannes 2021, Un certain regard] Un monde, film choc nécessaire et déchirant

27 juillet 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Lors de cette édition 2021, le Festival de Cannes a trouvé son film choc, au sujet aussi nécessaire que ceux de Lingui et d’A résidence. Mais ce film-ci, lui, laisse bouleversé (si on a la force de tenir devant).

C’est son premier jour à l’école primaire, et Nora pleure, à très chaudes larmes. Elle ne veut pas que ses parents l’y laissent. Elle sent que cela va être horrible. Les premiers moments de ce film signé par la belge Laura Wandel vont en (très grande) partie lui donner raison. Au sein de cet établissement, cette jeune Nora va se faire quelques amies, avec qui rigoler à la cantine. Mais aussi se frotter à la récréation, et aux plus grands qui ont pour rituel de taper les plus jeunes qu’eux et les nouveaux arrivants. Et surtout, aux bandes d’enfants qui tapent son frère aîné, Abel, qui fréquente aussi cette école. Des groupes de jeunes qui répondent grossièrement aux personnes assurant l’encadrement. Dans les cas où celles-ci se soucient des choses graves qui peuvent se passer entre les élèves, certains se croyant bêtement tout permis…
 
Un monde est un film très dur, au sein duquel les deux jeunes interprètes Maya Vanderbeque et Günter Duret assurent des partitions difficiles, et sont vraiment à saluer. La violence extrême du milieu où ils sont plongés, découlant de la bêtise de certains, s’inscrit sur leurs visages, souvent fermés mais pourtant toujours profondément lumineux au fond. La caméra se met à leur hauteur pour traiter ce sujet difficile mais plus que jamais essentiel, à une heure où le harcèlement scolaire est combattu. Et où les jeunes ne parviennent parfois pas à en parler à leurs parents, lorsque leur sensibilité se trouve écrasée par d’autres.
 
Mais les deux qualités les plus grandes du film demeurent sa réalisation et l’écriture de ses scènes. Loin d’adopter une forme désirant alarmer à tout prix, il opère un dosage très subtil entre réalisme et dramatisation : ses séquences dures sont filmées dans l’ombre, sous une lumière crue et une photo grise – due à Frédéric Noirhomme – mais un minuscule côté esthétique s’invite en elles. Idéal pour frapper tout en évitant toute complaisance, et surtout, pour introduire un tout petit peu de distance dans ce qui est décrit, puis laisser le spectateur ramener ces faits terribles à lui. Et donc d’autant plus émouvoir et alarmer.
 
De la même manière, une pointe de dramatisation sous-tend ces instants, écrits comme des micro-scènes tragiques allant chacune vers une conclusion : on peut donc se dire qu’après l’horreur viendra une séquence au meilleur climat, grâce à laquelle le film donnera d’autant plus au spectateur à ressentir la tristesse de ces instants où tout dérape, où la bêtise est victorieuse. Et pour une fois, on remercie donc la réalisatrice d’avoir opté pour des scènes courtes : elle évite ainsi de trop laisser durer les pires instants. Et elle use au final de ses qualités d’écriture – elle est également scénariste ici – afin de donner du rythme et de l’urgence à la plupart des séquences de son film : prises chacune pour elle-même, donc, ces dernières affichent un côté bel et bien tragique, bienvenu, bien que dur à supporter parfois.
 
Un monde est présenté au Festival de Cannes 2021 au sein d’Un certain regard. Il sortira dans les salles de cinéma françaises le 10 novembre, distribué par Tandem.
 
 

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Visuel : © Tandem

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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