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Cannes 2019, Un certain regard : « Chambre 212 », rêverie brillante et pleine de sentiment de Christophe Honoré

Cannes 2019, Un certain regard : « Chambre 212 », rêverie brillante et pleine de sentiment de Christophe Honoré

28 mai 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Servi par des acteurs d’exception, ce nouveau film signé Honoré déploie un univers visuel et une toile de fond bouillonnants et intelligents.

Un an tout juste après son splendide – et quelque peu autobiographique – Plaire aimer et courir vite, et après ses Idoles mises en scène à l’Odéon entre autres, Christophe Honoré revient à Cannes. Tourné vite, son nouveau film n’en apparaît pas moins abouti, tant sur le plan visuel qu’au niveau de son rythme et de sa narration. Il démarre alors que Maria (Chiara Mastroianni, éblouissante de naturel) quitte l’appartement où elle demeure avec son mari depuis un moment, traverse sa rue, et s’installe dans une chambre de l’hôtel situé en face de chez elle. Quelques heures avant, son conjoint Richard (Benjamin Biolay, totalement engagé) a découvert qu’elle avait un amant. Elle lui a expliqué qu’elle en avait eu d’autres avant, et lui, qu’il ne lui avait jamais fait d’infidélité. Surprise : dans la chambre qu’elle investit, Maria trouve face à elle Richard, mais… rajeuni (Vincent Lacoste empoigne cette figure avec force). Richard qui s’attache à lui faire réaliser à quel point elle blesse son lui du futur par son départ. Mais Richard qui, lui aussi, s’est retrouvé maître de situations ambiguës par le passé, lesquelles se mettent à se manifester… Et tous deux sont mis à l’épreuve de la réflexion.

C’est un film dont la forme pourrait évoquer une pièce de théâtre, dans laquelle chacun aurait ses raisons. Cependant, la réalisation de Christophe Honoré est ici travaillée à outrance, pour un résultat esthétiquement très abouti. L’imaginaire de Maria apparaît stylisé, mais sans trop d’excès, et avec de la fluidité et de la vie à revendre. Les interprètes exécutent leur partition dans un style emporté, mais sans trop en faire. Très incarnés, les personnages qui se meuvent à l’écran apparaissent aussi ouverts, aptes à être des réceptacles pour la réflexion et les idées abstraites. En parfait équilibre, le film parvient ainsi à transporter dans un ailleurs burlesque, sensuel et intelligent, en demeurant léger et dynamique. Et il n’aborde pas que l’idée de fidélité : la liberté sexuelle, la difficulté des relations de couple, et même les amours inavouées du passé figurent parmi ses thématiques.

Ce dernier thème est l’occasion, pour le film, de dévoiler un magnifique personnage : Irène, celle qui fut la professeure de piano de Richard. Dans cet emploi, Camille Cottin se montre en retenue bien que souriante, habitée par un mal nostalgique et une passion intacte prête à surgir. Elle éblouit par la finesse de son interprétation. Figure du passé qui n’attend qu’une occasion pour se re-manifester, triste de n’être qu’un fantôme mais pourtant droite et charmante, cette femme-là irrigue souterrainement l’oeuvre de sa force et de son amour, et reste celle à laquelle on s’attache le plus. Celle qui permet d’accueillir droit au coeur l’atmosphère nostalgique et très fine de ce film réussi.

Geoffrey Nabavian

Retrouvez tous les films du Festival dans notre dossier Cannes 2019

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Visuel : © Jean-Louis Fernandez

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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