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Cannes 2019 : « On va tout péter » de Lech Kowalski émeut la Quinzaine des réalisateurs

Cannes 2019 : « On va tout péter » de Lech Kowalski émeut la Quinzaine des réalisateurs

20 mai 2019 | PAR Sabrina Obadia

Signé par le réalisateur britannique Lech Kowalski, le documentaire donne à voir le combat des ouvriers de l’équipementier automobile GM&S pour la sauvegarde de leur emploi.

Une usine, des ouvriers en colère, un objectif sérieux : ne pas perdre son travail. On va tout péter nous fait revivre Merci patron sans l’humour qui en a fait son succès. Lech Kowalski, le réalisateur britannique coutumier de la radicalité, a contacté les salariés de GM&S, une entreprise de fabrication d’équipement automobile, lorsqu’il a appris qu’ils menaçaient de faire exploser leur usine après 5 mois de grève.

Le documentaire nous permet de suivre autant leur bataille acharnée que leur profond désespoir. On apprend que la plupart d’entre eux ont 30 ans de boîte, qu’ils ont connu au moins quatre plans sociaux, que les pièces détachées qu’ils fabriquaient pour Peugeot et Renault ont été attribuées à des usines chinoises. Ce film social nous plonge en immersion au cœur d’une usine d’équipements automobiles de la Creuse, médiatisée en 2017, sur le chemin de la liquidation judiciaire. Les 277 ouvriers sont menacés de perdre leur emploi. Après un an de lutte acharnée, 120 têtes sont sauvées mais l’Etat n’a pas tenu ses promesses selon les salariés syndiqués CGT.

Tous unis dans le combat de la dernière chance, les ouvriers sont habilement choisis pour leur gouaille et leur authenticité. La dramaturgie y est bien traitée. Suspense, tension, trahison, manipulation…autant d’ingrédients qui pourraient faire de ce film le début d’une saga  sociale d’un petit groupe en colère contre l’Etat.

Allures artisanales

Le sens de la tragédie, la puissance émotionnelle sont parfaites même s’il s’agit de tout sauf d’une œuvre raffinée. Le réalisateur a choisi volontairement de montrer des images mal cadrées, dignes des manifestations diffusées en Facebook Live. Une caméra qui tremble comme si nous étions en guerre, une mise au point sauvage, une pauvreté volontaire de l’image dont on n’a plus l’habitude au cinéma. Cependant, ces allures artisanales choisies pour renforcer le drame social ont tendance à caricaturer et de ce fait à décrédibiliser le propos sérieux du film.

Quelques séquences étonnantes nous font oublier l’amateurisme imposé. Un CRS entame une longue discussion avec un ouvrier sur la pêche à la carpe, et montre la proximité qu’il peut y avoir entre les deux hommes que tout oppose sur le terrain. Autre séquence forte ; un patron qui se prétend spécialiste du bio se présente avec arrogance dans l’usine comme un potentiel repreneur. Quelques minutes plus tard, il se fait sortir par les ouvriers qui comprennent qu’ils se font mener en bateau une fois de plus. Le combat des ouvriers filmés jour après jour est dans tous les cas un témoignage important à montrer et à voir.

La projection à peine terminée, le public de la Quinzaine, ému, s’est levé pour applaudir le film et saluer la détermination de ces ouvriers en lutte qui crient ne jamais capituler. Ils sont sur scène, en pleurs. Nous apprenons que certains sont décédés à l’âge de 54 ans, que d’autres ne toucheront plus aucune allocation chômage. C’est le cas de Franck, père de trois enfants qui avoue avoir envoyé des centaines de lettres de motivation depuis son licenciement, et ne pourra bientôt plus nourrir sa famille. Yann, l’un des porte-parole CGT, annonce sur scène que Carlos Ghosn a touché plus de 15,8 millions d’euros depuis son départ. Rencontrés plus tard sur la Croisette, les ouvriers se confient un à un pour dire que le combat continue.

Crédits photo : Alexis Duval

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Sabrina Obadia

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