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Cannes 2018 : « Rafiki » de Wanuri Kahiu, toi, mon amour, mon amie à Un certain regard

Cannes 2018 : « Rafiki » de Wanuri Kahiu, toi, mon amour, mon amie à Un certain regard

10 mai 2018 | PAR Alexis Duval

Première production kényane à être sélectionnée en compétition à Cannes, le film, histoire d’amour entre deux femmes, communique une énergie folle et fait preuve d’une grande maîtrise technique.

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En swahili, « rafiki » veut dire ami. Et c’est un film profondément aimable que le Rafiki de Wanuri Kahiu, en compétition dans la sélection Un certain regard du Festival de Cannes. Une histoire d’amour entre deux adolescentes dans un pays, le Kenya, où l’homosexualité est illégale. Au mois d’avril, le président Uhuru Kenyatta a déclaré, dans une interview télévisée sur CNN, que les droits des personnes lesbiennes, gay, bi et trans « n’avaient aucune importance aux yeux du peuple kényan » et que « cela n’avait rien à voir avec les droits humains, mais avec la société et la culture » du pays.

Rien que ce point de vue, donc, Rafiki est un acte de bravoure – le film est frappé de censure au Kenya pour « promotion du lesbianisme ». Mais en sus d’aborder un thème tabou, la réalisatrice Wanuri Kahiu, qui adapte la nouvelle de l’écrivaine ougandaise Monica Arac de Nyeko, filme avec panache et vitalité la jeunesse de son pays, en quête d’identité et de construction personnelle comme collective.

Revisitation sensible du mythe de Roméo et Juliette

L’héroïne de ce deuxième long-métrage, c’est Kena. Cheveux courts et silhouette de sylphide, elle vit à Nairobi chez sa mère. Elle voit souvent son père, qui est en campagne pour se faire élire à la mairie. Bonne élève, issue de la classe moyenne kényane, elle rêve de devenir infirmière. Sa vie bascule quand elle rencontre Ziki, fille du riche homme politique contre lequel son père est candidat. Le coup de foudre entre les deux jeunes femmes est comme immédiat. Mais dans un Kenya où le conservatisme est encore fort, leur histoire est vouée à la clandestinité…

On retrouve dans Rafiki le motif des deux familles ennemies dont les enfants tombent amoureux l’un de l’autre. L’interprète de Kena, Samantha Mugatsia, fait corps avec sa partenaire de jeu, Sheila Munyiva, et elles revisitent de manière intelligente et sensible le mythe de Roméo et Juliette. Sur une BO 100 % féminine et ultravitaminée (« Suzi Noma » signé Muthoni Drummer Queen joue beaucoup dans la réussite de la séquence d’ouverture), les plans colorés s’enchaînent et ne se ressemblent pas, témoignant d’une grande maîtrise technique. Tout en inscrivant l’histoire de Kena et Ziki dans un contexte social précis, Rafiki décline le topos shakespearien et en prouve, une fois de plus, l’actualité. À la fois personnelle et universelle, le deuxième long-métrage de Wanuri Kahiu communique une énergie folle. On en redemande.

Retrouvez tous les articles de Toute La Culture sur le Festival de Cannes dans notre dossier Cannes 2018.

Visuel © Big World Cinema

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