Cinema

 « Un homme intègre » : puissant désespoir, assez beau [Cannes 2017, Un certain regard]

 « Un homme intègre » : puissant désespoir, assez beau [Cannes 2017, Un certain regard]

20 mai 2017 | PAR Geoffrey Nabavian

Le nouveau film de Mohammad Rasoulof, à l’ambition artistique très forte, impose sa tenue et sa tension, et frappe fort, si l’on accepte de se plonger en lui…

[rating=4]

Le Nord de l’Iran. Reza (incroyable Reza Akhlaghirad, cadré comme un personnage peint) a installé son élevage de poissons au coeur d’une zone un peu marécageuse, juste à côté de la maison qu’il occupe avec sa femme et son fils. Son activité agricole l’a amené à avoir des dettes, sa bâtisse est hypothéquée, une société qui gère l’eau dans la région voudrait se débarrasser de lui, et surtout, les habitants de la toute petite ville dont il fait partie le regardent avec méfiance, et le considèrent comme un éternel étranger. Les problèmes ne vont pas s’arrêter là… Et pour couronner le tout, Reza n’est pas très branché sur la corruption…

Grâce à un rythme et à une réalisation extrêmement tenus et retenus, pile au niveau des vies qu’il filme, Mohammad Rasoulof atteint la vérité, le sentiment, l’humanité. Guère hospitalier, Un homme intègre reste tout du long sobre, lent, gris, et très tendu. Comme s’il ne voulait pas se limiter au réalisme, il prend le temps de suivre son personnage, au visage très marqué, aux défauts évidents, dans sa quête pour « vivre à côté des autres » sans être touché par eux, chose impossible dans sa toute petite ville… De remarquables acteurs entourent ce héros étrange, et composent des figures menaçantes, marquantes. De vrais personnages de cinéma, tout en humanité terrible… Leurs dialogues composent une très grosse part de la matière filmique, très esthétique, et s’élèvent peu à peu vers une dimension sacrée, irréelle et violente, un ton sec et hanté. Tous veulent des arrangements. Reza, lui, fuit ceux-ci…

Loin d’être un simple constat réaliste et sombre, Un homme intègre évolue donc dans une dimension incertaine, tranchante, chargée d’une tristesse profonde, et de beaucoup de sincérité. Le cinéaste se peindrait-il à travers la figure de Reza ? On sent une envie telle… Et on en est très heureux. Même si le film, pour être pleinement apprécié, demande que l’on s’abandonne à lui, et aux conditions qu’il pose…

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Visuel : © ARP Sélection

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : geoffrey.nabavian@free.fr / https://twitter.com/geoffreynabavia

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