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Cannes 2012 : Interview de Pablo Atoll Ward pour « 3 », une comédie familiale présentée à la quinzaine des réalisateurs

Cannes 2012 : Interview de Pablo Atoll Ward pour « 3 », une comédie familiale présentée à la quinzaine des réalisateurs

22 mai 2012 | PAR Yaël Hirsch

Le jeune réalisateur uruguayen avait déjà été retenu pour « Whisky » à la Quinzaine. Avec « 3 » (prononcez Tresses) il filme avec poésie une famille à son degré zéro : papa, maman, fille, mais qui plus est bien éclatée… Un film un peu fou et surprenant dont ils nous a parlé au bord de la jolie plage de la Quinzaine.

Le passage par le festival de Cannes, pour vous, est-ce un passage obligé ou toujours une expérience extraordinaire ?
C’est toujours très bizarre, et j’ai eu beau venir deux fois comme réalisateur et une fois comme producteur, j’essaie de ne pas m’y habituer, parce que sinon je me laisserais gagner par la folie cannoise. Je préfère garder mes distances et mon bon sens (rires). Mais c’est toujours extrêmement important car c’est une porte vers un très large public. « 3 » est déjà distribué dans 4 ou 5 pays, mais la Quinzaine ouvre au film les portes d’autres public. Or pour moi, un film, n’est jamais terminé tant qu’il n’a pas été vu par le public. Après c’est lui qui s’en empare et qui le transforme.

Vous avez écrit 3 films avec Juan Pablo Rebella et certains comme « Hiroshima » (2009) seul. Comment choisissez-vous si vous allez travailler seul ou à plusieurs sur un projet ?
Juan Pablo est mort avant la fin du film « 3 ». ça a donc été très difficile. J’ai travaillé seul, près de deux ans sur le scenario. Mais quand j’ai vu le résultat final je crois que je suis resté fidèle aux premières notes que nous avons prises ensemble. Et c’était très important.

Qu’appelez-vous une famille nucléaire ?
La famille nucléaire, c’est la famille réduite à sa plus simple expression : le père, la mère et l’enfant. Au début cette idée devait apparaitre dans le titre parce qu’évidemment le terme est aussi un peu « explosif ». Et puis finalement non.

Il y a  quand même un quatrième personnage dans cette famille, non, avec la tante très vieille et malade que la mère, Graciela, va voir à l’hôpital ?
Oui et non, cette tante est absente, elle représente plutôt le rapport de Graciela avec la mort. Une question qui se posera forcement avec acuité au départ de sa fille de la maison.

Comment avez- vous marqué le rythme du film ?
Le plus difficile était de donner autant de place à chacun des trois personnages, et puis il y a eu la musique qui m’a aidé à passer de l’un a l’autre. Le personnage de la fille est la clé, car elle amène le père vers la maison et sait avoir une relation égoïste avec lui. On pense peu souvent à l’égoïsme qui existe dans les familles, ou pas assez, dans le film, c’est pourtant lui qui conduit vers le dénouement et quelque chose de plutôt constructif. Mais vous savez, quand j’écris le scenario, quand je tourne des scènes, en fait, je tente des choses, mais il n’est jamais sûr que le rythme soit le bon, parfois je me trompe. Et j’ai du mal à juger moi-même, car quand je vois le résultat d’un de mes films, c’est douloureux, je ne vois que les défauts.

Les 3 personnages font du sport, mais ne sont pas forcément ravis d’en faire. Quel rôle cela joue-t-il dans le film ?
Le père est au début du film très fier de jouer au foot avec succès, amis au fur et à mesure que le film avance, il se rend compte qu’il vieillit et en tire moins de fierté. Ana, la fille, n’aime pas le handball, mais elle continue car elle est qualifiée pour une compétition nationale. Parfois dans la vie on fait des choses qu’on n’aime pas faire mais dans lesquelles on est bon. C’est un peu ce qui arrive à Ana. Parce que les autres lui disent qu’elle est une excellente joueuse de handball, elle continue.

Le personnage d’Ana est fascinant, on a l’impression qu’elle ne sait pas exactement ce qu’elle cherche, quand, elle sèche les cours, quand elle se montre soudainement indifférente a l’égard de son petit ami, ou la scène ou elle suit un bel homme dans le bus mais il ne se passe rien…
Ana fête ses 16 ans au début du film, c’est l’âge ou on fait l’expérience de la liberté ou l’on se cherche. J’ai été comme ça à cet âge, on se cherche… Et surtout je sortais avec des filles comme Ana, qui finissaient toujours par me quitter pour des types plus vieux ou plus beaux… (rires).

Comme trame de fond de cette société éclatée, il semble qu’aucune transcendance ou Eglise ne joue aucun rôle. Cela semble rare en Amérique latine, pouvez-vous nous expliquer le cas de l’Uruguay ?
Il y a l’Eglise de l’hôpital ou le docteur donne les bilans de santé de ses patients à leurs proches, mais oui, c’est tout. L’Uruguay est, au contraire de l’Argentine ou du Mexique, laïque depuis le début du 20eme siècle, dont l’Eglise ne joue pas vraiment de rôle dans le quotidien de familles comme celle que j’ai filmée.

3 de Pablo Stoll Ward, avec Sara Bessio, Anaclara Ferreyra Palfy, Humberto de Vargas Uruguay, Germany, Argentina, Chile – 1h55 (2012)

visuel extrait de l’interview realisée par la Quinzaine des réalisateurs.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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