Cinema

Cannes 1968 quand le sable sillonne les pavés

06 mai 2011 | PAR Coline Crance

Le 19 mai 1968  sous les douze coups de midi, le rideau de la grande salle du Palais des festivals tombait définitivement. La jeune génération du cinéma français, cette Nouvelle Vague menée par Truffaut et Godard avait embarqué le monde du cinéma dans le mouvement de révoltes de mai 1968 initié par les étudiants et les ouvriers.

 » Il s’agit de manifester avec une semaine et demie de retard, la solidarité du cinéma avec le mouvement étudiants et ouvriers qui se passe en France. La seule manière pratique de le faire est d’arrêter immédiatement toutes projections » Jean Luc Godard. Déjà Truffaut écrivait dès 1956 dans les Cahiers du Cinéma « Le cinéma c’est ceux qui le font, ceux qui l’aiment , ceux qui y vont, et pas ceux qui en profitent. Il faut réformer le jury. Il faut renvoyer les diplomates à leur dosage. Cela fait, des protestations salueront encore la proclamation des récompenses. Mais elle s’adresseront à l’audace et non à la prudence. Mieux vaut l’excès que la médiocrité. » Réformer en se débarassant des a prioris et défendre un cinéma qui à cette époque s’incarne à travers la personnalité d’Henri Langlois cause  des prises des positions des cinéastes en faveur des mouvements étudiants et ouvriers. En effet, ils s’opposent depuis près d’un mois à la décision de Malraux de démettre Henri Langlois de son poste de directeur de la Cinémathèque française.

La France est de plus en plus immobilisée. Les titres de la sélection cannoise sonnent déjà le bruit de la révolte avant même l’ouverture du festival. 32 long smétrages étaient sélectionnés et pas des moindres.  Milos Forman ouvrait le bal avec son fameux Au feu des pompiers, une séance spéciale était réservée à la projection de la copie restaurée Autant en emporte le vent ; quant à Fellini, il présentait Il ne faut jamais parier sa tête avec le diable …

Cette année là, nul ne sait qui aurait remporté la fameuse palme d’or, peut-être Carlos Saura pour son excellent Peppermint Frappé et qui vit juste avant sa projection en compétition, un Truffaut et un Godard menant les cinéastes de la Nouvelle Vague s’accrocher au rideau de la scène pour manifester leur solidarité avec les mouvements sociaux. Après cette projection manquée, Louis Malle , Monica Vit?ti, Polanski et Terrence Young démissionnent du Jury. Cannes bat de l’aile. Le 19 mai le festival est  définitivement annulé.

Cette annulation fit par la suite beaucoup de bruit et nourrit de nombreuses brimades et des ‘incompréhensions vis à vis du milieu du cinéma.  Dès le 18 mai au soir, la presse se déchaîne. Le Parisien libéré sous la plume d’André Lafargues publie : «  Le festival de Cannes est mort. A nous maintenant de faire l’autopsie du cadavre. C’est une tâche qui nous répugne, mais qu’il convient d’assurer puisque crime il y a eu. Je dis bien crime. »

Le mois de mai est un moment de profond bouleversement pour le cinéma. Cinéastes, monteurs, cadreurs, scénaristes, producteurs, se retrouvent pour parler de l’avenir du cinéma et du festival. Le débat est mené autour d’une question centrale : « Le Festival des commerçants, pourra-t-il être un jour celui des artistes ? ». Question vaste et controversée, elle est toujours d’une brûlante actualité et révèle la fragilité de l’unité des professionnels du cinéma. Aujourd’hui la question du numérique, de la 3D, de la VOD continue de diviser les exploitants, les distributeurs, les producteurs, les cinéastes …

Toutefois, il serait peut-être trop rapide de dire que Cannes 68 ne fut que le moment éphémère mais sincère où les cinéastes ont transformé les grandes soirées en Grand soir.

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Coline Crance

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