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Berlinale: va-t-on enfin parler à nouveau de Volker Schlöndorff ?

Berlinale: va-t-on enfin parler à nouveau de Volker Schlöndorff ?

30 janvier 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Le réalisateur allemand sera mis en lumière cette année au Festival de Berlin. « Remis » diront certains. Il vient de réaliser l’adaptation de la pièce Diplomatie, grand succès au théâtre. A-t-il su capter l’essence de cette œuvre, en veillant tout de même à lui donner un caractère cinématographique ? Et parviendra-t-il à s’attirer à nouveau les faveurs du public et de la critique, comme il sut les avoir dans les années 70 ?

Le TambourEn 1980, le nom de Volker Schlöndorff évoquait un réalisateur spécialiste des adaptations d’œuvres littéraires. Pas un faiseur : un spécialiste, au sens où sa maîtrise de l’objet cinéma lui donne la possibilité de transfigurer les plus grands textes, de leur ajouter une valeur grâce à ses images. Et de poser, dans chacun de ses films, la question de la différence des classes sociales. Issu d’une famille ouest-allemande installée en France, ancien assistant de Louis Malle, il avait su pimenter la cruauté de Robert Musil dans sa transposition des Désarrois de l’élève Törless, son premier film, tourné en 1966, à 26 ans ; transmettre le rugueux du roman d’Heinrich von Kleist avec son adaptation de Michaël Kohlhaas, bien avant la version d’Arnaud des Pallières avec Mads Mikkelsen ; inscrire L’Honneur perdu de Katharina Blum d’Heinrich Böll dans son temps à lui ; imprimer encore plus de souffle au Coup de grâce de Marguerite Yourcenar ; et décupler, en 1979, l’ironie du Tambour de Günter Grass. Et oui. Le Tambour. Son David Bennent, incarnation rêvée d’Oscar, l’adulte qui conserve la taille d’un enfant de trois ans et possède un cri qui fait se briser le verre à distance ; sa peinture du nazisme, qui s’insère dans un tableau familial suintant ; ses scènes physiques dérangeantes atteignant à l’organique ; ses sublimes scènes d’action, dont la fameuse attaque de la préfecture ; ses têtes de chevaux qui pêchent des anguilles…Classique, incontestablement. Un Oscar en 1980 –le Meilleur film étranger- et la Palme d’or à Cannes en 79, ex-aequo avec Apocalypse now.

Et puis…et puis à partir des années 80, même s’il s’efforça de rester fidèle à sa ligne directrice et à l’Europe, les auteurs lui résistèrent. Son Amour de Swann, avec Jeremy Irons, fut honni. Sa nouvelle version de Mort d’un commis voyageur, la pièce d’Arthur Miller, ne put soutenir la comparaison avec celle de Laszlo Benedek, malgré Dustin Hoffman. Margaret Atwood et sa Servante écarlate ne lui portèrent vraiment pas chance, il enferma Max Frisch dans la linéarité avec The Voyager et Le Roi des aulnes, d’après Michel Tournier, fut un échec total, à propos duquel on alla jusqu’à parler d’ambiguïté dans la représentation du nazisme. Que fit-il, Schlöndorff ? Ne pouvant sortir son Neuvième Jour, adaptation des mémoires du Père Jean Bernard réalisée en 2004, et La Mer à l’aube, d’après Heinrich Böll et Ernst Jünger, en France, il partit dans le désert avec Philippe Torreton.

Le film qu’il en rapporta en 2008 s’appelait Ulzhan. Lent, contemplatif, décrivant la fuite à cheval d’un homme dans les paysages désertiques du Kazakhstan, pays ravagé par les années soviétiques, il ne put convaincre ni le public, ni la critique. Incapacité partagée, de façon étrange, par tous les cinéastes de sa génération : Werner Herzog, parti chez les grizzlis ou dans les grottes préhistoriques faute de sujet inspirant ; Wim Wenders, égaré à Palerme…Un seul a échappé à ce mal : Rainer Werner Fassbinder, réalisateur totalement « punk », drogué et décadent, mort à 37 ans.

DiplomatieAujourd’hui, Schlöndorff revient. Il a adapté Diplomatie, la pièce de Cyril Gély, jouée à Paris, d’abord au Théâtre de la Madeleine, puis dans plusieurs autres lieux, par Niels Arestrup –incarnant Dietrich von Choltitz, gouverneur, à partir d’août 1944, de Paris occupé par les allemands- et André Dussollier –dans le rôle de Raoul Nordling, consul suédois qui entre en pleine discussion avec lui, le matin du 25 août, alors que la capitale doit être détruite. Les deux acteurs incarnent toujours les rôles au cinéma. Ce film va-t-il permettre à Volker Schlöndorff de gagner à nouveau les faveurs du public ? et, s’il est travaillé pour échapper à son origine théâtrale, de convaincre les critiques ?

Il sera en tout cas montré au prochain Festival de Berlin. Festival le cinéaste y sera doublement présent : un téléfilm, réalisé lorsqu’il avait 30 ans, sera également projeté. Et pas n’importe quel téléfilm : une adaptation de Baal, première pièce de Bertolt Brecht et portrait d’un jeune poète maudit terriblement provocateur. Avec, dans le rôle-titre…Rainer Werner Fassbinder ! Il s’agit là d’une vraie curiosité, dont on espère qu’elle aura les honneurs d’une ressortie en France. L’occasion de redécouvrir la première veine de Volker Schlöndorff, totalement en phase avec le jeune cinéma allemand des années 70 et animée par un esprit ardent. Une âme dont on espère qu’elle pourra être retrouvée par notre ami réalisateur.

Visuels: © affiche du film Le Tambour

© affiche du film Diplomatie

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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