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BERLINALE : « The woman who ran », une leçon de « slow rush » à la coréenne

BERLINALE : « The woman who ran », une leçon de « slow rush » à la coréenne

26 février 2020 | PAR Samuel Petit

Le réalisateur coréen Hong Sangsoo revient en compétition après son beau et nébuleux  A girl walking on the beach alone at night  en 2017. Cette fois-ci, c’est le portrait d’une « femme qui courrait » que livre le réalisateur coréen sous forme d’une étude sur la nécessité de laisser le temps aux choses et aux sentiments d’advenir.

Le scénario tient en quelques phrases : une femme, la trentaine, profite de l’absence exceptionnelle de son mari, en voyage d’affaire, pour rendre visite à de vieilles connaissances. Elle discute de choses et d’autres avec ses anciennes amies et devient témoin de petites bribes de leur quotidien et de leur intimité, tout en partageant un peu de la sienne.

Derrière ce que tout un chacun pourrait qualifier de smalltalk ou péjorativement de « conversations de bonnes femmes », on se met à percevoir des avis sur des sujets quotidiens aussi essentiels que cruciaux comme le rapport à l’alimentation, aux relations, à la sexualité et à la sociabilité. La plupart des scènes prennent en effet la forme de dialogues très simples, majoritairement en tête à tête, à table ou sur un canapé, dont on ne peut que difficilement saisir où ils sont censés mener. Étonnamment, on se laisse emporter dans leur flot en riant et on en apprend finalement énormément sur les personnes sans jamais avoir la désagréable impression de se faire balader.

Les plans fixes, le style de chaque scène tournée en « one take », ainsi que le nombre extrêmement réduit des personnages, renforcent l’aspect théâtral et finalement assez immersif de l’exercice. Seuls quelques zooms et déplacements de l’angle de prise de vue, généralement en fin de scène, orientent le spectateur et rappellent le regard ironique ou tendre du réalisateur. Autrement, tout est laissé entre les mains des actrices (et acteurs) pour s’emparer des dialogues. Ce qui est particulièrement beau ici, c’est que l’essentiel passe par l’implicite de la conversation. On devine avec plaisir la justesse des rapports ayant cours dans cette classe de coréennes entre bobos et housewives.

Comme dans le film brésilien Todos os mortos, également en compétition, c’est dans l’intérieur des foyers que se dévoile sous l’œil de la caméra la complexité des rapports femmes-femmes. Il est fascinant de remarquer que dans toutes les scènes où des hommes interviennent ont toujours lieu à l’extérieur ou sur le palier des maisons, et que ceux-ci sont toujours filmés de dos sur le plan fixe. Ces scènes contrastent également avec celles des femmes par leur plus grande tension explicite. Là où les femmes utilisent une forme de dialogues non intentionnels, les hommes recherchent et imposent une culture du résultat et de la réponse tranchante.

Une chose est certaine : il faut être souverain dans son art en ce qui concerne le réalisateur et terriblement sûres de son jeu en ce qui regarde les actrices pour se permettre de jouer avec une telle distance et pourtant adresser chaque phrase avec une telle précision nonchalante.

Visuels : © Jeonwonsa Film Co. Production

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Samuel Petit

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