Cinema

BERLINALE : « The roads not taken », le chef d’oeuvre de justesse de Sally Potter

BERLINALE : « The roads not taken », le chef d’oeuvre de justesse de Sally Potter

27 février 2020 | PAR Samuel Petit

Trois ans après avoir triomphé auprès du public berlinois avec sa comédie explosive, « The Party », la réalisatrice britannique Sally Potter revient avec « The roads not taken », à ce jour le plus beau film en compétition de la Berlinale 2020. Il y est traité avec une infinie subtilité, humanité et justesse de la démence qui frappe nos aînés avec l’âge. On en ressort bouleversé, plein de gratitude pour savoir ainsi raconter les drames infinis et venir s’adresser avec tant d’intelligence et de sensibilité aux plus profonds de nous-mêmes.

Leo (Javier Bardem) n’est plus que l’ombre de lui-même. Son regard est hagard, plongé dans le vide et son corps traînant. Lui qui était écrivain est privé de la parole tant il ne peut plus que balbutier quelques mots qu’il attrape des conversations désespérées que sa fille Molly (Elle Fanning) tente vainement de maintenir avec lui. En l’espace des 24 heures dans lequel se déroule l’action, nous sommes embarqués dans le calvaire d’une journée terriblement banale d’un enfant prêt à tout pour aider son père en détresse en tentant de rendre le plus possible sa dignité à un parent atteint de démence. Des pénibles mais pourtant si indispensables rendez-vous médicaux jusqu’aux innombrables situations imprévues et stressantes que la maladie impose, de la dépendance physique et morale jusque dans la peur de perdre (au sens propre comme au sens figuré) le parent à tout moment, tout est dit et tout est montré.

On suit Léo à travers cette journée donc, mais qui est sans cesse ponctuée de ce qui apparaît comme des flash-backs dans deux autres journées de sa vie : au Mexique, où il rechigne à accompagner sa compagne Dolores (Salma Hayek) à un événement qui semble les bouleverser tous les deux ; et sur une île en Grèce, en peine d’inspiration pour finir un roman aux allures autobiographiques, et dont une rencontre le met en proie à une profonde mélancolie et détresse. Ces digressions narratives instillent dans l’esprit du spectateur certains doutes sur la chronologie présentée, mais n’empêchent cependant pas de plonger le film, au contraire ceux-ci installent un certain mystère sur le passé troublé de cet homme fantôme qui, dans sa tête, semble rendre visite aux fantômes de ses vies.

Sally Potter ne se contente certainement pas de montrer la bienveillance de certains inconnus face à la détresse qu’inscrit sur les visages et les corps ceux qui sont frappés par la maladie, ou simplement de dénoncer la brutalité, voire le mépris que traduisent de nombreux comportements d’autres inconnus contre les plus affaiblis. Elle ne se contente pas non plus de saluer l’abnégation des enfants qui, à leur tour, se sacrifient pour leurs parents, leur dignité et ce qui leur reste de santé. Elle nous dit d’écouter le cerveau malade de ceux qu’on aime et que la maladie nous a pour toujours aliénés, d’accepter que la personne en face de nous ne fonctionne plus sur notre mode de réalité, d’accepter qu’on ne la comprendra plus. Car l’esprit et tous ses mystères empruntent des routes insondables pour nos esprits sains, et que celui-ci continue de sinuer à travers ses chemins inconnus et aventureux au fond de l’âme. Et malgré toutes les épreuves et tous les obstacles que chaque jour érige plus haut, il nous est dit que tant que la vie est là, il faut la chérir.

 

Visuel : © Adventure Pictures

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