Cinema

[Berlinale, Panorama] Vénéneuse « Mort à Pacot » par Raoul Peck

[Berlinale, Panorama] Vénéneuse « Mort à Pacot » par Raoul Peck

11 février 2015 | PAR Yaël Hirsch

Le réalisateur Haïtien braque sa caméra sur les décombres d’une maison réduite en miettes par le tremblement de terre de 2010 à Haïti. Meurtre à Pacot est un film de deuil et de désir de vivre, où le premier rôle est joué par une femme fatale venue du peuple de l’île. Magistral.

[rating=4]

Lent, sensuel, désespéré et porté par 4 acteurs magnifiques, Meurtre à Pacot met en scène un couple de haïtiens aisés (Alex Descat et la chanteuse Ayo, dans un baptême réussi) qui voient leur villa détruite par la catastrophe naturelle. Dans les décombres qu’ils n’arrivent pas à soulever se trouve le corps de leur fils adoptif, Joël. Obligés de louer la maison à un émissaire d’ONG blanc (Thibault Vinson) pour tenter de la réparer, ils doivent faire face au deuil, au déclassement et à l’arrivée de la petite amie haïtienne très populaire et très sexy de leur locataire (sulfureuse Lovely Kermonde Fifi).

Enfermé dans cette maison engloutie, le film se focalise sur les 10 jours qui suivent le tremblement de terre, rythmés par le désir de vivre, et le désespoir bien symbolisé par l’odeur de plus en plus forte du corps du petit qu’on ne peut récupérer sous les décombres.

Ce qui pourrait paraître comme une pièce de théâtre à 5 acteurs prend un caractère cinématographique fort du fait de la vigueur des éléments (quand la terre tremble on y croit) et des pulsions qui  animent les personnages. Film d’amour pour Haïti, même dans ses zones d’ombres, film social très lucide qui dépeint, sur les ruines d’un pays, une société qui fonctionne fondamentalement en classes, Meurtre à Pacot bouleverse parce qu’au delà de la situation historique terrible, il s’arrête au moment exact ou le deuil et la pulsion de vie se combattent. Belle et parfois maladroite dans son premier rôle à l’écran, touchante avec son léger accent germanique, Ayo bouleverse dans la scène où elle se remet à danser. Femme fatale d’une classe et d’une brillance qu’on n’avaient pas vues depuis longtemps Lovely Kermonde Fifi pointe vers la vie et son sacrifice avec grâce. Tandis que, solide comme un roc, le magnifique Alex Descat enracine son personnage ténébreux au fauteuil qui lui reste. Un grand film de Raoul Peck.

Meurtre à Pacot, de Scenario de Raoul PECK and Pascal BONITZER, 130 min – France/ Haïti / Norvège, avec Alex DESCAS, Ayo, Thibault VINÇON, Lovely KERMONDE FIFI. Panorama.

(c) Stephenson/ Peck

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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