Cinema

Berlinale : La religieuse, l’adaptation du roman de Diderot par Guillaume Nicloux

Berlinale : La religieuse, l’adaptation du roman de Diderot par Guillaume Nicloux

11 février 2013 | PAR Olivia Leboyer

Guillaume Nicloux adapte le roman de Diderot, de manière soignée. La jeune Pauline Etienne joue extrêmement bien. Mais quelque chose manque.

Un jeune homme, venu au chevet de son père malade, tombe sur le manuscrit d’une jeune fille et ne peut s’empêcher de lire. Avec lui, nous découvrons l’histoire de Suzanne Simonin (Pauline Etienne), seize ans et benjamine de trois sœurs. A sa mère qui lui demande si un jeune homme lui plaît, elle répond avec l’ardeur de l’adolescence qu’elle n’aime que le Christ. A cet âge, la religion semble un univers où les aspirations peuvent se déployer librement. Mais, placée dans un couvent, la jeune Suzanne s’aperçoit rapidement que la réalité n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’elle imaginait. Elle comprend qu’elle n’a pas la vocation et qu’elle ne l’aura jamais. Seulement, faire machine arrière est très compliqué. Sur près de deux heures, on suit donc la mécanique d’enfermement qui enserre Suzanne. La jeune fille puise en elle une force de résistance. Guillaume Nicloux a bien insisté sur ce point en conférence de presse : il ne s’agit pas d’anticléricalisme, mais d’une ode à la liberté. Aussi est-ce cette quête de liberté qu’il s’attache à filmer. Le courage de la jeune fille ne faiblit pas, à mesure que les injustices se multiplient. Si la mère supérieure (Françoise Lebrun, excellente), une femme intelligente compréhensive, déploie des ruses de séduction douces, qui endorment et amollissent, sa mort brutale va priver Suzanne de soutien et d’écoute. La mère Christine, qui lui succède (Louise Bourgoin, très bien), est un monstre de cruauté. Les humiliations, les brimades, les pénitences, rien ne nous est épargné… Et, dans un autre couvent, en apparence plus civilisé (et dont la mère supérieure est jouée par Isabelle Huppert qui a cherché, mais sans y parvenir, à éviter la caricature), les relations entre les sœurs se révèlent tout aussi malsaines.
Au cœur de ces prisons, la jeune Suzanne continue de lutter et d’espérer sa libération. Pauline Etienne porte véritablement le film. Son regard droit, ironique et pur donne, par moments, à La religieuse, une réelle intensité.

La religieuse, de Guillaume Nicloux, France, 114 minutes, avec Pauline Etienne, Isabelle Huppert, Louise Bourgoin, Martina Gedeck, Françoise Lebrun, Alice de Lencquesaing. Sélection officielle, en compétition. Sortie en France le 20 mars 2013.

(c) Sylvie Lancrenon

Berlinale : A long and happy life, un film russe fluide et très marquant
Berlinale, jour 3 : les francophones sous les spotlights avec la religieuse et le retour de Romane Bohringer
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

3 thoughts on “Berlinale : La religieuse, l’adaptation du roman de Diderot par Guillaume Nicloux”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *