Cinema
Berlinale, jour 3 : Les femmes luttent partout, de la chambre au Guatemala

Berlinale, jour 3 : Les femmes luttent partout, de la chambre au Guatemala

07 février 2015 | PAR Yaël Hirsch

Journée riche en jolis films pour ce troisième jour de Festival du film de Berlin. Et si hier était dédié aux grandes héroïnes, le féminisme de ce troisième jour de compétition ne fait que progresser vers un quotidien de lutte pour la liberté. L’absence de Léa Seydoux, prisonnière du tournage du nouveau James Bond à Londres a privé les journalistes d’une belle robe, mais Jacquot est venu dignement seul défendre Le journal d’une femme de chambre.

La journée a commencé par une surprise : dans le métro allemand, la fameuse voix qui annonce les stations a changé. Ils sont désormais plusieurs à se présenter comme masse multiculturelle de la ville et à crier (bien trop fort) le nom du prochain stop. Le notre est donc – pour ceux et celles qui ont suivi : Postdamer Platz. Où les journalistes affluent comme des oiseaux en migration dès 8h30 du matin. Le palais aux aurores les accueillis moins nombreux que d’habitude, avec un peu d’exotisme. Ixcanul de Jayro Bustamante permettait de plonger dans le quotidien assez désemparé d’une jeune-fille très pauvre vivant sur une plantation et tombant enceinte à 17 ans. Un film réaliste aux plans séduisants qui a plu aux journalistes les plus matinaux. (lire notre critique)

Après les traditionnels œufs (brouillés ou au plat) de 11h, c’est à l’heure du déjeuner que la compétition nous programmait l’adaptation très attendue du Journal d’une femme de chambre par Benoît Jacquot. La lumière a beau être calculée au millimètre, le texte de Mirbeau respecté à la ligne et le minois de Léa Seydoux adorable dans de rôle de Célestine. Les flash-back aussi empesés que le mobilier rigoureusement art nouveau donnaient l’impression d’un long pensum socio-historique. Malgré l’aura d’un Vincent Lindon de plus en plus bluffant et d’un Vincent Lacoste assez original en jeune phtisique, le résultat est aussi ennuyeux que beau. Du Jacquot, quoi, que les fans apprécieront malgré sa vision un peu limitée de ce que peut être la relation de pouvoir. De même qu’ils ont du apprécier sa manière assurée de dire en conférence de presse qu’il n’avait jamais vu ni l’adaptation de Renoir, ni celle de Bunuel avant de faire ce projet. Mais que niveau fidélité, il était au top ! (Lire notre critique)

La journée de compétition s’est terminée sur une équation à plusieurs inconnues qui nous a enchantés. Film allemand de 2h20 se passant dans la nuit Berlinoise, Victoria de Sebstian Schipper dresse le portrait terrible de 5 jeunes qui meurent d’envie de vivre et font déraper la fête. Dans une urgence galvanisante, avec des acteurs émouvants, une mise en scène époustouflante d’originalité et de maîtrise, cette tranche de vie – et de mort- n’a laissé personne indemne.
(Lire notre critique).

Nous aurions bien eu besoin d’un petit remontant pour nous remettre de ce film poignant, mais la fête que nous avons briguée au Catwalk, le bar design de l’hôtel Marriot était tellement pleine, qu’on pouvait à peine respirer. Dans un esprit pur Berlinale et ce, malgré le contexte palace, chacun étouffait avec son manteau sur le dos, se faufilant à grands coups de coudes pour essayer de networker ou d’approcher du bar où des verres de vin semblaient exister. Nous avons vite filé pour diner sous le haut plafond du sanctuaire européen du Poulet. La centenaire maison Henne de Kreuzberg qui propose vraiment le meilleur volatile que nous connaissons. Ce sont donc les papilles en fête et l’estomac plein de chaleur que nous sommes rentrés écrire et préparer un quatrième jour prometteur avec au programme : LE Terrence Malick, les derniers jours de Sherlock Holmes et un film espagnol très prometteur.

« L’expérience », de Christophe Bataille
[Berlinale, Compétition] « Journal d’une femme de chambre », Benoît Jacquot poursuit son exploration de la domination maîtres/domestiques
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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