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Berlinale, jour 2 : James Franco, Amanda Seyfried, Hugh Jackman, Russell Crowe et Shia Laboeuf sur le Tapis Rouge

Berlinale, jour 2 : James Franco, Amanda Seyfried, Hugh Jackman, Russell Crowe et Shia Laboeuf sur le Tapis Rouge

09 février 2013 | PAR Yaël Hirsch

Journée faste en people et temps modéré (au moins 5 degrés et du soleil) sont les ingrédients clés qui ont hautement glamourisé la Berlinale, ce samedi 9 février. Tandis que la compétition a creusé le sillon qu’elle avait commencé de tracer dans une thématique autour de la terre, qui, comme on le sait, elle, ne ment pas. Ou parfois, quand-même.

La journée a commencé par une petite perle slave en compétition, « A long happy life » du réalisateur russe Boris Khlebnikov. Mettant en scène avec une précision et une rigueur bluffante le combat d’un jeune-homme (magnétique Alexander Yatsenko) pour conserver la terre qu’il exploite avec quelques voisins, ce film s’empare d’une problématique similaire au « Promised land » de Gus van Sant (également en compétition) : à quel prix faut-il ou pas céder une terre à laquelle on a décidé de se frotter pour devenir un homme. Placer la dignité, la solidarité et le libre-arbitre au-dessus de l’argent semble l’objectif du héros, même quand l’arraisonnement règne, qu’il n’est pas sûr de vivre de ses récoltes et que les camarades l’abandonnent. Un film tourné avec les tripes, caméra au poing et donnant à voir dans une lumière crue rivières et champs de pomme de terre à donner un certain vertige entre sensualité et débordement. Notre chouchou de ces deux premiers jours de compétition, que le réalisateur, Boris Khlebnikov et son actrice principale, Anna Kotova, sont venus défendre dans leur langue maternelle et avec beaucoup d’humour et de modestie en conférence de presse.

Le côté strass et paillettes de la journée a débuté tard (le glitter a souvent la gueule de bois et les films sociaux passent volontiers à 9 heures du matin) avec la conférence de presse de « Lovelace » de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, sur la star du porno des années 1970, Linda Lovelace. James Franco et Amanda Seyfried sont venus parler du film, veste en daim et barbiche artsy pour l’acteur et robe rouge pleine de peps, harmonisée par un maquillage nude pour la Belle Amanda.

Le deuxième film en compétition de la journée était aussi le seul film allemand sélectionné. Il s’agit de « Gold » de Thomas Arslan, qui ne parle pas de céder la terre, mais d’aller la conquérir, pour exploiter son or dans le Nord des États-Unis. Le film est donc un western mettant en scène quelques pionniers d’origine allemande de la fin du 19ème siècle. Nina Hoss, qu’on avait déjà vu l’an denier en sélection pour « Barbara » y tient le rôle principal, aux côtés du beau Marko Mandik. Ce dernier est probablement le seul élément vraisemblable de deux heures costumées qu’on peine à nommer « film », tant les clichés s’égrènent sur fond de « somptueux » paysages. Le public rit à contretemps et la presse réunie pour la projection qui lui était dédiée n’a pas hésité à huer l' »oeuvre » et son actrice qui oscille entre deux expressions constipées du bout de ses sourcils de jais sous ses cheveux d’or : la retenue et la surprise. Bref, pire qu’un navet que vous pourrez savourer mijoté par Olivia, dans sa critique qu’on vous promet modérée.

La journée de compétition s’est poursuivie par un autre objet visuellement non-identifié qui nous a fait voyager dans les années 1990 : Déjà présenté à Sundance, le premier long-métrage classé « indé » du publicitaire Frederik Bond, « The necessary death of Charlie Countryman » se paye tout de même au générique : Shia Laboeuf (qui tient le film magistralement, sans peur et sans reproches), Madds Mikelsen, Evan Rachel Wood et Rupert Grint. Grand clip d’une heure et demie, filmant un Bucarest trop cool de gangsters comme au plus fort des fantasmes de l’après-chute du mur, le film plongera les jeunes quadras d’aujourd’hui dans les relents de leur adulescence à se regarder dans les yeux sur des trottoirs grunges. Une expérience psychédélique charmante pour ceux et celles qui n’ont pas peur de voir Laboeuf courir dans un très long tunnel saturé de couleurs… L’équipe du film a joué le jeu de la conférence de presse et nous avons décliné pour nous préparer aux 3 longues heures des misérables. Eh oui, la Berlinale, c’est aussi du sport et il faut travailler le souffle et la respiration des yeux…

21h, habillées pour l’occasion paillettes, dorures et yeux de biches, nous enlevons douze couches de pulls et manteaux et sortons l’appareil photo pour immortaliser l’arrivée de l’équipe des « Misérable », qui finit sa tournée triomphale de promotion européenne pour l’adaptation  du musical au budget dépassant les 60 millions de dollars.

C’est sous les cris d’impatience, avec dix minutes de retard, tout sourire par la porte du devant de la scène que Tom Hooper, le réalisateur du « Discours d’un roi « est entré avec son Jean Valjean alias Hugh Jackman, une Anne Hattaway un peu repulpée, maintenant qu’elle a fini de jouer les maigres Fantine et qu’elle est nominée aux oscars, et Amanda Seyfried, délicieuse de fraîcheur.

A peine assis, les comédiens ont été photographiés pendant dix bonne minutes par la foule. Puis le show a commencé : près de 3 heures de film, à l’esthétique prononcée et respectueux de la comédie musicale, même si ce sont les comédiens eux-mêmes qui chantent alors qu’ils ne sont pas tous formés pour (Hugh Jackman et Russel Crowe ne sont pas tout à fait au niveau…)

Le public a joué le jeu avec délices, ponctuant les grands airs de chaque personnage par des tombereaux d’applaudissements et commentant l’action à voix haute, on se serait vraiment crû dans un théâtre. Une vingtaine de minutes après le début de la projection, l’équipe du film s’est éclipsée discrètement (elle a certainement eu plus de chance de dîner que nous!) avant de revenir avec générosité recevoir des applaudissements.

Tom Hooper a tenu un véritable petit discours en allemand, presque un discours de « King », où il disait tout son attachement à Berlin et à la culture allemande : Thomas Mann ou encore Kafka dont il a adapté le »Devant la loi » (« Vor dem Gesetz »), extrait du procès lors d’un de ses premiers films courts d’école. Un texte qui avait aussi inspiré en son temps le grandiose Orson Welles…

Maîtrisant assez bien la langue de Goethe pour laisser tomber son petit papier, Hooper a accueilli avec toujours autant de finesse et de bonhomie les acteurs du film présents : Anne Hattaway, adorable Fantine, avec sa coupe courte, ses quelques kilos repris, et une robe années 1930 à étages gaufrés et longue traîne noire, Amanda Seyfried, Cosette émancipée et à croquer dans sa robe de cocktail parfaite et ses chaussures à donner le vertige, Eddie Redmayne jeune premier radieux dont le costume relevait le bleu profond des yeux qu’il a prêtés au personnage révolutionnaire de Marius, et en final, Hugh Jackman, aussi charismatique que doit l’être Jean Valjean, qui a « porté le film » selon le mot d’introduction du réalisateur, et qui a tenu le crachoir avec une aisance irrésistible pendant plusieurs minutes. Ravi, émerveillé et emporté, le public a offert à l’équipe la standing ovation qu’elle méritait.

Une nouvelle journée commence déjà à Berlin quand nous quittons la salle, certaines que, par-delà sa réputation de festival exigeant présentant des films sociaux, la capitale Allemande sait aussi servir les rois et leurs plus purs divertissements

Photo (c) Yaël Hirsch et Olivia Leboyer.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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