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[BERLINALE] « Ich war zu Hause, aber » de Angela Schanelec : Film berlinois, arty, mais… prétentieux

[BERLINALE] « Ich war zu Hause, aber » de Angela Schanelec : Film berlinois, arty, mais… prétentieux

16 février 2019 | PAR Samuel Petit

La réalisatrice germano-serbe Angela Schanelec, affiliée à la Berliner Schule, concourt pour la première (et dernière fois ?) à l’Ours d’Or cette année avec son film « Ich war zu Hause, aber », dont les mots qui résonnent le plus en tête sont ceux de mon voisin de derrière pendant le générique de fin : « Comment peut-on laisser une telle merde être présentée en compétition ? »

Certes le qualificatif de « merde » dans toute critique n’est pas ce qu’il y a de plus constructif ou de plus argumenté, mais il semble cependant légitime de s’interroger sur les raisons du profond malaise que procure ce film et de l’arrière goût de grand ratage qu’il laisse.

Le plot a tout du drame familial classique : Un jeune garcon (Jakob Lassalle) a fugué après la mort de son père et est retrouvé une semaine après. Cet événement met à mal ses professeurs mais surtout sa famille, sa petite soeur et surtout au premier rang sa mère, Astrid (Maren Eggert), pour qui le retour au quotidien est chamboulé. Plus encore, cette femme devenue mère seule au foyer voit son rapport au monde et à son travail dans le monde de l’art berlinois chamboulé. Classique, mais pourquoi pas après tout ?

Seulement, c’est dans son traitement que le film échoue profondément. Le film se perd en digressions, et ce, dès la première scène en forme de parabole insaisissable sur un chien chassant un lapin dans la montagne avec des coupes de plan faisant perdre de vue le déroulé de la course poursuite. Les trop nombreuses scènes qui ponctuent le film, comme l’achat d’un vélo cassé à un homme qui ne peut produire des sons comme en robot en collant un appareil à sa gorge, des enfants répétant le texte de Hamlet sans aucune emphase, ou encore cette romance qui ne dit pas son nom parce que dramaturgiquement non-construite entre les deux jeunes personnages interprétés par les jeunes et d’habitude si bons Lilith Stangenberg et Franz Rogowski, finissent de faire perdre le cours de l’histoire centrale. On perd tout intérêt pour l’enjeu dramatique du film.

Cela encore ne sera pas si grave si cela ne s’accompagnait pas de considérations fumeuses et prétentieuses sur l’éducation, la société, l’art et la mise en scène. Et il faut voir comment celles-ci sont amenées pour y croire : Le film n’est pas bavard, certes. On en a vu d’autres, et on a pu les aimer comme ceux-ci. Mais ces longs moments sans dialogue et sans action sont entrecoupés toutes les 20 ou 30 minutes par des monologues d’Astrid, soi-disant virulents mais ne changeant jamais rien au jeu amorphe, les regards perpétuellement tristes voire dépressifs, toujours dirigés vers le sol, de chacun des acteurs et actrices à l’écran. On désespère de cette direction de jeu, dont on le comprend bien, vient d’un certain théâtre. Par bribes dans le film, il est sous-entendu que le père décédé était metteur en scène, comme le légendaire Jürgen Gosch dont Schanelec est veuve depuis dix ans et avec qui elle a deux enfants. Le parallèle biographique semble assez évident et les références donc au théâtre abondent dans ce sens. 

On peut reconnaître à Angela Schanelec le mérite d’avoir produit un ovni, mais un ovni indigeste, tant les transpositions à l’écran d’élèments scéniques tels que les postures des corps et un certain sens du rythme ne fonctionnent pas. En sortant de la séance de 9 heure du matin après une semaine de compétition, à défaut de qualifier son oeuvre de « merde », il est toutefois légitime de se dire « J’ai vu le film, mais… j’aurais mieux fait de rester chez moi, dormir ».

 

Bild: Nachmittagfilm

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