Cinema

[Berlinale, compétition] Taxi, Jafar Panahi reprend le volant de l’humour

[Berlinale, compétition] Taxi, Jafar Panahi reprend le volant de l’humour

07 février 2015 | PAR Yaël Hirsch

Condamné à rester en Iran jusqu’à 2030, le réalisateur Jafar Panahi est malgré tout souvent bien présent en compétition à Berlin. Après avoir envoyé dans le plus grand secret le film d’enfermement, Pardé, en 2013 (Ours d’argent, voir notre critique), dans Taxi, Panahi prend le volant sur les pas de Kiarostami et avec un humour et une joie de vivre retrouvés. Fin et émouvant.

[rating=3]

Caméra embarquée, l’on circule en plein jour dans les rues de Téhéran. A l’arrière, une femme au chef dûment couvert discute avec un gaillard plein de bagout assis à l’avant. Elle est institutrice et s’insurge contre ses propos encourageant la peine de mort pour les vols, même les plus petits. Leur conversation politique et passionnée n’empêche pas de noter dans un brouhaha très sympathique que leur chauffeur ne sait pas trop où il va. Il les laisse en général en cours de route après les avoir avancés assez et ne les fait pas payer. C’est un petit monsieur rondouillard et hilare remplaçant le beau parleur à l’avant qui démarque le chauffeur que la caméra dévoile : il s’agit de monsieur Jafar Panahi lui-même.

Est-il en train de tourner un film ? En tout cas il fait de belles rencontres. A commencer par celle de ce nouveau passager qui fait vivre – et vit largement du trafic- des films d’auteurs qui se passent sous le manteau. Suivent aussi : la nièce espiègle, l’accidenté de la route avec sa femme éplorée, deux vieilles dames amoureuses de leur poisson rouge… Une série de sketches un peu décousus, mais très sympathiques, qui donnent accès à un quotidien de gens de Téhéran depuis la voiture, comme Kiarostami l’avait fait avec Ten (ou pour le coup du Taxi comme Rashid Masharawi l’avait fait pour Ramallah sans L’anniversaire de Leila). Après un Pardé enfermé dans une villa, grave, philosophique et fantomatique, la lumière et la vivacité des échanges dans taxi requinquent et font rire le public très fan des situations mises en scène avec grâce par le maître du cinéma iranien. A voir.

Taxi, de Jafar Panahi, 2015, Iran, 82 min. En compétition.

visuels : (c) Jafar Panahi

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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