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Berlinale : Child’s Pose, beau portrait d’une mère vampirique dans la haute bourgeoisie roumaine

Berlinale : Child’s Pose, beau portrait d’une mère vampirique dans la haute bourgeoisie roumaine

13 février 2013 | PAR Olivia Leboyer

Séance de rattrapage du film roumain en compétition, que nous aurions eu bien tort de louper : un très beau moment de cinéma !

Calin Peter Netzer, tout jeune réalisateur de la nouvelle vague roumaine (il est né en 1975), nous propose avec Child’s Pose un magnifique portrait de mère castratrice, terrifiante et émouvante. Cornelia (Luminita Gheorghiu, absolument bluffante), la belle soixantaine, appartient à la haute bourgeoisie roumaine. Embijoutée, brushée, maquillée avec soin et légèrement overdressed (manteau de fourrure, sacs griffés et ceintures dorées !), c’est une femme encore séduisante. Mais toutes ses pensées, tous ses soucis sont tournés vers son grand fils unique de 32 ans. Elle lui téléphone sans arrêt, lui prête de bons livres (ceux écrits par des Prix Nobel, comme Herta Müller ou Orhan Pamuk !). Si Barbu n’habite plus avec elle, elle a tout de même trouvé un subterfuge : comme il a la même femme de ménage, elle peut lui soutirer des informations sur la vie de son fils ! Elle aimerait bien le voir plus souvent, ce fils, le sentir à ses côtés, comme avant lorsqu’il était petit. D’ailleurs, Cornelia accepte mal la compagne de Barbu, Carmen, qu’elle juge à tous égards quelconque. Sa sœur, ses amis, ont beau lui conseiller gentiment de lâcher la bride à son fils, Cornelia ne peut s’y résoudre.

Un soir, alors qu’elle écoute tranquillement un Opéra, sa sœur fait irruption dans la salle pour lui annoncer que Barbu a eu un accident de voiture. Lui n’a rien, mais il a écrasé un enfant de 14 ans. Commence une course haletante pour sauver Barbu des griffes de la justice. Riche, puissante, intelligente (elle est une architecte reconnue), Cornelia s’emploie habilement à mobiliser toutes ses forces et toutes ses relations. La réalité du drame, l’enfant mort ne semble pas l’effleurer. Tout entière tendue vers son but, innocenter Barbu, Cornelia ne recule devant aucune manœuvre, aucune tentative de soudoiement. Proposer un pot de vin à un policier, offrir de l’argent à un témoin pour qu’il modifie sa déposition, c’est la moindre des choses qu’elle peut faire pour son fils.

Précisément, Barbu (Bogdan Dumitrache, parfait de fatigue et de nervosité contenues) souffre de cette emprise et rejette violemment sa mère. Mais Cornelia s’infiltre partout, jusque dans les interstices de sa vie privée. Dans une scène hallucinante, apprenant que Carmen a décidé de quitter Barbu, Cornelia soutire patiemment à la jeune femme les détails les plus crus de leur vie sexuelle. Pour essayer d’aider, de comprendre, de participer… Dans une autre scène oedipienne, elle chevauche son fils, blessé à l’épaule dans l’accident, pour lui prodiguer un massage des plus sensuels…
Tour à tour effrayante de possessivité et désarmante d’amour fou, Cornelia livre un combat acharné, pied à pied, pour sortir son fils de la situation où il s’est mis. Prête à prendre la faute sur elle, la mère courage va jusqu’à aller plaider la cause de son fils aux parents du jeune enfant mort.

Très bien construit, rythmé et superbement filmé, Child’s Pose nous a émus aux larmes. Le jeu de Luminita Gheorghiu y est pour beaucoup : cette ogresse blonde, prête à tout, ne comprend pas ce que son comportement a de déplacé. Pour elle, sa place est auprès de son fils, il n’y a rien là de plus naturel. Parfois, dans son beau regard bleu, quelque chose vacille, comme un doute, vite surmonté.

Une très belle figure de mère dévoratrice, extraordinairement incarnée.

Child’s Pose (Pozitia Copilului)), de Calin Peter Netzer, Roumanie, 112 minutes, avec Luminita Gheorghiu, Bogdan Dumitrache, Natasa Raab, Florin Zamfirescu, Ilinca Goia. Sélection officielle, en compétition.

(c) Cos Aelenei

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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