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Berlinale : Before Midnight, Julie Delpy et Ethan Hawke comme au premier jour ou presque

Berlinale : Before Midnight, Julie Delpy et Ethan Hawke comme au premier jour ou presque

12 février 2013 | PAR Olivia Leboyer

Before Sunsrise (1995), Before Sunset (2005), Before Midnight : Julie Delpy et Ethan Hawke poursuivent les déclinaisons de l’amour véritable. Evidemment, un coup de cœur !

Les initiés connaissent déjà bien Céline (Julie Delpy), Française moderne à la langue bien pendue, et Jesse, écrivain américain décontracté. Leur belle histoire s’est déroulée en plusieurs périodes, comme en musique : la rencontre dans le train, à vingt-trois ans, le temps d’une nuit ; dix ans passés l’un sans l’autre à cause d’un stupide oubli ; les retrouvailles dans une librairie parisienne pour la signature du roman de Jesse, où figure Céline. Entre temps, Jesse s’était marié et avait eu un fils, Hank. Nous avions quitté Jesse et Céline en train de retomber amoureux, sur un canapé, en écoutant un disque de Nina Simone ! Aujourd’hui, nous les retrouvons en vacances en Grèce, avec deux jumelles de sept ans et donc plusieurs années de vie commune derrière eux. 1995, 2005 et maintenant 2013, nous suivons le couple en temps réel. Nos liens avec les personnages sont d’autant plus forts.

Dans la première scène, Jesse accompagne son fils, Hank, à l’aéroport. Les adieux sont difficiles, Jesse assumant de plus en plus mal son rôle de père à distance. Dès le trajet vers la maison, la discussion entre Céline et lui s’envenime, entre plaisanteries et reproches sérieux. Ne dit-on pas, d’ailleurs, mieux les choses importantes sur le ton de la plaisanterie ? Si les vacances ont été idylliques, Grèce, ruines et mythologie obligent, la réalité rattrape vite ce couple habitué à parler de tout, sans tabous ni précautions. Et si les mots peuvent blesser irrémédiablement, ils peuvent aussi aider à construire une histoire.

Profondément romantiques, Jesse et Céline refusent vigoureusement ce registre. Ils sont trop lucides, trop intelligents pour ces clichés-là. Leur romantisme ne se dit pas tel quel, il se vit à travers des blagues, des jeux, une complicité partagée. Evidemment, tous deux le savent, même l’amour véritable ne supporte pas tous les chocs. Il s’agit toujours d’un équilibre fragile, qu’un rien peut rompre définitivement. A quarante et un ans, ils aimeraient pouvoir se tenir des promesses éternelles, mais surtout sans les formuler sérieusement pour de vrai ! S’ils étaient encore ensemble à 98 ans, alors qu’ils se sont connus à 23, ce serait quelque chose d’extraordinaire… Est-ce possible dans le monde d’aujourd’hui ? Lors d’une discussion à table entre plusieurs couples d’âges différents (les vieux qui se souviennent de leur passé ; un tout jeune couple habitué aux technologies modernes ; un couple entre deux âges très complice), la question est soulevée. Comment savoir où l’on va, et si l’on est bien avec la bonne personne ? Comment tout cela peut-il tenir ? A-t-on seulement le droit d’être sûr de soi et de l’autre ? Spirituelle en diable, la conversation mène loin, entre confidences et considérations amusées sur l’anatomie masculine. L’homme ne se préoccuperait-il vraiment que de son pénis ? Et serait-ce si mal ?
Le temps d’une nuit dans un hôtel, cadeau de départ de leurs hôtes, Jesse et Céline vont s’opposer sur les thèmes éternels de l’amour, du désir, de l’ambition professionnelle, des différences culturelles, de l’éducation, du féminisme, etc. A perte de vue, avec un sens très poussé de la rhétorique, et jusqu’à perdre de vue leur si précieux amour ! Un peu de recul, beaucoup d’imagination et une machine à remonter le temps bien huilée ne seront pas de trop pour les sortir de l’ornière.

Le couple formé par Céline et Jesse est fascinant : leur amour ne fait pas de doute, mais la vie commune pose mille complications, mille incompréhensions. Ce troisième film constitue une réflexion plaisante sur l’art de la suite : en amour, comme au cinéma, comment poursuivre une histoire presque trop belle ? Comment surmonter la peur de tout gâcher ? N’est-ce pas mieux d’arrêter tant que les choses ne sont pas encore trop abîmées?

Pour Céline et Jesse, nous tranchons la question : vivement les prochains films !

Before Midnight, de Richard Linklater, Etats-Unis/Grèce, 108 minutes, avec Julie Delpy, Ethan Hawke, Xenia Kalogeropoulou, Ariane Labed, Athina Rachel Tsangari, Seamus Davey-Fitzpatrick. Sélection officielle, hors compétition.

L’équipe du film : Ethan Hawke, Richard Linklater et Julie Delpy à la conférence de presse:

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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