Cinema

Berlinale : A long and happy life, un film russe fluide et très marquant

Berlinale : A long and happy life, un film russe fluide et très marquant

11 février 2013 | PAR Olivia Leboyer

Pour l’instant, le plus beau film de la compétition. L’histoire simple et tragique d’un homme sommé par les autorités de quitter sa terre et la ferme qu’il y dirige.

Sascha possède une ferme collective, dans un petit coin du Nord de la Russie. Ou plutôt, ce lopin, il croit le posséder, comme l’en informent les autorités administratives. Légalement, il n’est qu’un squatteur. Aussi lui propose-t-on une « compensation » assez conséquente pour quitter les lieux et refaire sa vie ailleurs. Et, une vie, Sascha, en a une : il aime la douce Anya, qui l’aime en retour. Secrétaire dans la petite administration locale, Anya conseille à son amant d’accepter l’offre et de réfléchir, avec elle, à une nouvelle vie en ville. D’ailleurs, Sascha est bien, au départ, un homme de la ville, venu chercher le bonheur à la campagne. Seulement, abandonner les travailleurs à leur sort représenterait évidemment un crève-cœur. Contre le bon sens, Sascha décide de rester et de continuer le travail.

Mais l’utopie de la ferme collective va vite tourner court. Au début, tous semblent concernés, pleins de bonne volonté et d’esprit d’entraide. Peu à peu, chacun pense à soi avant de penser aux autres et la petite communauté se délite. Impuissant, Sascha conserve son visage pur d’enfant étonné : il veut croire encore que les choses peuvent s’améliorer, qu’il est possible d’enrayer le cours du temps. Ici, c’est l’eau qui symbolise le temps. Tout simplement, avec de sublimes plans de la rivière qui coule derrière la maison, Boris Khlebnikov nous fait sentir ce temps qui s’écoule imperturbablement et qui soudain échappe à Sascha. Comment revenir au temps d’avant, ce temps simple où la belle Anya venait lui rendre visite pour la nuit, chaque vendredi ? Le stress, la fatigue, la pression vont entraîner Sascha sur une pente fatale, aussi assourdissante qu’un torrent. Comme le dirait Bachelard, l’eau et les rêves font bon ménage et Sascha ne saurait renoncer facilement à cette vie qui, jusqu’à présent, coïncidait avec son rêve.

Violent, construit selon une mécanique très précise, le film oppose, en contrepoint, le calme de l’eau vive et la placidité du beau visage de Sascha (Alexander Yatsenko, aux yeux d’enfant d’une intensité bouleversante).

Dans ce 63e Festival la question du rapport à la terre, de la propriété, est centrale. Plusieurs films traitent directement le sujet : Promised land, Gold, Vic + Flo ont vu un ours, parlent de ce lieu que l’on recherche ou que l’on se refuse à quitter : un lieu réel qui serait aussi le terrain des rêves. De ces quelques films, A long and happy life est, à nos yeux, le plus simple et le plus beau.

A long and happy life, de Boris Khlebnikov, Russie, 77 minutes, avec Alexander Yatsenko, Anna Kotova, Vladimir Korobeinikov, Sergey Nasedkin, Eugene Sitiy. Sélection officielle, en compétition.

Visuel : Olivia Leboyer

Bouncing Universe in a Bulk – The Sky, Eric Arnal Burtschy fait danser l’infini
Berlinale : La religieuse, l’adaptation du roman de Diderot par Guillaume Nicloux
Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *