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Berlin, jour 5 : L’humour norvégien de Kraftidioten, le mélo chinois de Lou Ye et l’émotion de Sabine Azéma parlant d’Alain Resnais

Berlin, jour 5 : L’humour norvégien de Kraftidioten, le mélo chinois de Lou Ye et l’émotion de Sabine Azéma parlant d’Alain Resnais

10 février 2014 | PAR Yaël Hirsch

Le soleil continue de briller sur la 64ème Berlinale. Et pourtant, la matinée a commencé sur une note un peu difficile. Alors qu’on se réjouissait de plonger dans l’univers original d’un salon de massage tenu par des aveugles, transposé par le réalisateur chinois Lou Ye, le tranchage de gorge du personnage principal à la deuxième minute nous est resté de bon matin sur l’estomac. L’épisode a été suivi d’une série de coucheries sur fond d’images brouillées dans un univers où les personnages se conduisent plus comme des animaux en rut revenant brutalement à leur code de l’honneur que comme des humains dotés de sentiments et de parole qu’on aurait pu comprendre. Pas d’empathie possible alors, où on n’avait pas les codes, beaucoup de crachage de sang et d’auto-mutilation et finalement très peu de tendresse et même de travail dans ce grand salon de massage qui s’annonçait comme une expérience communautaire extrême-orientale réussie et qui se termine par une transmission de la peur et de la vénalité. Une purge à suivre, tant en plus, le réalisateur prend un malin plaisir à enlaidir ses acteurs aveugles qu’il déshabille à tout instant. Il avait pourtant l’air serein à la conférence de presse où peu de questions pertinentes ont pu être posées; peut-être ne sommes-nous pas les seuls à n’avoir pas bien compris ce Blind Massage assez écoeurant.

Pour lire notre critique de Blind Massage, cliquez

La suite a été bien plus étincelante avec un polar nordique aux paysages blancs coton et qui moquait avec une finesse absolument irrésistible les codes du genre « film de gangster ». Le tout porté par un casting canon, à la tête duquel on trouvait Bruno Ganz en parrain serbe et Stellan Skarsgård en père vengeur armé d’un chasse-neige. In order of disappearance avait en plus à son actif un regard très critique à l’égard de la société norvégienne et de ses voisins. Séduits par le jeu avec les clichés, comme par les images magnifiques du film, nous avons été emballés par la profondeur de la conférence de presse, où le réalisateur, Hans Peter Molland a un peu parlé mais où les journalistes ont rendu hommage au grand Bruno Ganz, un peu rétréci par ses 73 ans derrière sa bouteille d’eau minérale et qui a donné une sorte de mini masterclasse très émouvante.

Pour lire notre critique de In order of disappareance, cliquez!

Aussi émouvante était la conférence de presse du nouveau film d’Alain Resnais, 91 ans, que ses acteurs : Sabine Azéma, Hyppolite Girardot, Michel Villermoz, André Dussolier, Sandrine Kimberlain et son producteur Jean-Louis Livi étaient venus défendre en son absence. Pièce de théâtre britannique légère filmée avec goût et illustration par le grand réalisateur français, Aimer, boire et chanter se situe dans la veine de Vous n’avez encore rien vu, en mieux et en moins auto-référentiel. Qu’on aime ou pas le théâtre filmé, aucun journaliste n’est resté indifférent aux propos profonds tenus sur les liens entre planches et grand écran et sur l’énergie toujours communicative d’Alain Resnais, avec qui son producteur prépare le prochain film!

Lire notre critique de Aimer, boire et chanter, cliquez !

Enfin, la soirée s’est terminée par une comédie romantique légère, A long way down, avec aux commandes le réalisateur Pascal Chaumel et devant la caméra Imogen Poots, Toni Collette, Aaron Paul et le toujours très charmant Pierce Brosnan. Pluie de flashs au Friedrichspalast pour accueillir les quatre acteurs sur leur 31. Dentelle noire et chignon banane blond parfait pour la gracile Imogen Poots et robe beige parfaitement classe pour l’adulée Toni Collette, qui est désormais Lady Sunshine.  L’auteur britannique Nick Hornby était aussi de la partie pour célébrer l’avant-première de ce feelgood movie inspiré par un de ses romans. Bien ficelé, avec de jolis plans de New-York et de Tenerife, adoubé destination eurofriendly de la journée (les héros de la pièce d’Alain Resnais voulaient aussi y passer leurs derniers jours), A long Way down met en scène quatre suicidaires d’âges et milieux variés qui se retrouvent sur le toit d’un building le soir du nouvel an. Un pacte naît qui réunit les quatre désespérés, rebondissant sur le giron généreux de l’amitié…

Notre critique de A long way home.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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