Cinema
Beauty, un troublant vertige

Beauty, un troublant vertige

08 octobre 2011 | PAR Emma Letellier

Skoonheid ( Beauty) est l’histoire de François, un père de famille quadragénaire menant une existence de toute évidence bien rangée, à Bloemfontein, en Afrique du Sud. Le jour du mariage de sa fille, un visage méconnu surgit comme une étincelle dans sa vie. Sélectionné pour Un Certain Regard au Festival de Cannes 2011, le deuxième long-métrage du sud–africain Oliver Hermanus jette le trouble.  A découvrir dès sa sortie en salles, le 12 octobre prochain.

Pour voir noir interview du réalisateur, c’est ici.

L’histoire de François est celle d’un mal-être, né d’une erreur commise trop loin en arrière pour qu’à quarante ans passés, l’homme accompli qu’il paraît puisse s’accorder un nouveau départ. Héros tragique en proie à sa propre destinée, François avoue avoir échoué dans la connaissance de soi. Son identité se dédouble, comme en témoigne d’emblée l’affiche du film qui présente son portrait littéralement déchiré en deux par le beau visage, plastiquement irréprochable du jeune Christian Roodt, interprété par Charlie Keegan. Et dans cette vertigineuse division de l’être où le moi et le surmoi entrent bien vite en conflit, la violence et l’autodestruction restent les seuls échappatoires possibles.

Comme dans toute tragédie, l’erreur de jugement est liée à une impossible conciliation de l’individu et de l’être social. C’est l’aspect conservateur de la société sud-africaine, tant blanche que noire, comme le spécifie le réalisateur dans une interview à Cannes pour gettyimages, que ce dernier tient à dessiner pour mieux l’interroger. Dans ce défit lancé au conformisme ambiant, Oliver Hermanus cherche à engager un débat autour d’une thématique qui demeure que trop obscurément occultée.

Et de fait, le combat intérieur de François, incarné par l’acteur sud-africain Deon Lotz, touchant de vérité et de précision dans la confusion des sentiments qui le traversent, occupe le premier plan d’une réflexion plus large sur les rapports de force qui structurent la société sud-africaine. Dans un pays libéré de l’apartheid depuis une vingtaine d’années à peine, quelle place accorder au démêlé intime et personnel d’un quadragénaire afrikaner ? En mettant en scène un homme d’un autre âge, dans la langue d’une minorité aujourd’hui stigmatisée, le jeune réalisateur s’accorde le droit à des préoccupations qu’une génération précédente ne pouvait s’autoriser. Et, partant, il suppose que l’afrikaner au même titre que tout individu a un droit à être avant d’avoir le devoir d’incarner un certain ethos.

Filmés avec un calme et une précision inquiétants, les regards se croisent et le spectateur ne peut que pénétrer la tortuosité d’un trouble qui s’apparente bien vite à celui du criminel méticuleux. Les silences, les incompréhensions, ce qui est tenu au loin est donné à voir avec un tact et une brutalité qui rendent la sortie de séance quelque peu chaotique.

Beauty, un film de Oliver Hermanus, avec Deon Lotz, Charlie Keegan, Michelle Scott, Albert Maritz, Sue Diepeveen, Roeline DaneelAfrique du Sud, France, Allemagne, 2011, 1h39. Sortie le 12 octobre 2011.

Infos pratiques

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Emma Letellier

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