Cinema
Balada Triste, une fresque burlesque et terrible sur le franquisme signée Alex de la Iglesia

Balada Triste, une fresque burlesque et terrible sur le franquisme signée Alex de la Iglesia

09 juin 2011 | PAR Yaël Hirsch

C’est à raison que « Balada Triste »‘ a raflé le prix du meilleur réalisateur et du meilleur scenario l’an dernier au Festival de Venise. A travers la figure du clown, sans jamais renoncer à son univers à la fois fantasque et gore, Alex de la Iglesia dresse un portrait terrifiant du franquisme, de la guerre civile à la veille de sa fin. Le film le plus original et le plus frappant de ces six derniers mois sort le 22 juin 2011 sur nos écrans.

Clown Auguste, le père de Javier (Carlos Aceres) a été recruté de force par l’armée républicaine et a été assassiné par un militaire franquiste alors qu’il travaillait à la mine comme prisonnier de guerre. Au début des années 1970, Javier décide de suivre la tradition familiale et travailler dans un cirque. Mais après avoir été privé d’enfance, il se sent dans l’impossibilité d’endosser les habits d’Auguste de son père et choisit plutôt le rôle du clown triste. Il devient alors le souffre-douleur sur scène de Sergio (Antonio de la Torre). Ce dernier est extrêmement doué comme Auguste et les enfants l’adorent. Mais sorti de scène, il boit, vit comme un animal et bat sa fiancée, la superbe trapéziste Natalia (Carolina Bang). Solitaire, dodu et caché derrière ses larges lunettes, Javier se prend de passion pour Natalia qu’il cherche à sauver de Sergio. Une lutte sanglante commence alors entre les deux clowns qui deviennent des ennemis publiques n°1, au même titre que le grand criminel de l’époque : le voleur de poules El Lute.

Commençant très fort au cœur de la guerre civile, le film fou d’Alex de la Iglesia fait peur et fait rire en même temps. Comme l’explique le réalisateur dans l’interview qu’il nous accordée, le spectateur « a honte de rire » devant une souffrance réfractant toute la violence et l’absurde d’un régime qui transforme les hommes en animaux de cirque. Les grandioses images travaillées par Kiko de la Rica empruntent à la tradition picturale catholique espagnole et tout se passe dans le film comme si Zurbaran avait fixé un grand numéro de cirque. Poursuivant la pente de l’absurde, de la mutilation, mais également de l’amour jusqu’à la folie, les deux héros du film incarnent une dialectique ricanante, sans possibilité de sursomption ou de salvation. Balada Triste est à la fois intime et glacé, grandiose et ridicule, pur et trouble, historique et totalement fabuleux. Les fans d’Accion mutante (1993) et de « Mes chers voisin » (2000) retrouveront dans cette histoire de clown tout le caractère mordant et décalé de Alex de la Iglesia. Quant aux autres, il découvriront ce grand réalisteur par un de ses meilleurs films : une œuvre qui choque, marque et restera gravée dans les mémoires.

« balada Triste », d’Alex de la Iglesia, avec Carlos Aceres, Antonio de la Torre, Carolina Bang, Sancho Gracia, Juan Luis Galiardo, Enrique Villen, Santiago Segura, 1h47, Espane,  sortie le 22 juin 2011.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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