Cinema

Aux 18e Journées Cinématographiques Dionysiennes, Larry Clark, invité d’honneur

Aux 18e Journées Cinématographiques Dionysiennes, Larry Clark, invité d’honneur

11 février 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Le passionnant festival, qui se déroule au sein du cinéma L’Ecran, à Saint-Denis, s’intéresse en 2018 aux figures rebelles du cinéma. Larry Clark est donc présent avec ses oeuvres, toujours percutantes, même vingt ans après, et il s’apprête à donner une Master Class, prévue pour le lundi 12 février à 19h.

Les 18e Journées Cinématographiques Dionysiennes entreprennent, en ce mois de février, de donner à voir rassemblées des « images rebelles ». Le jeudi 8 au soir, l’esprit de mai 68 fut à l’honneur, avec des images des débuts de la contestation ouvrière individuelle, et un hommage à Colette Magny (voir article ici). 68 sera de retour au festival le mardi 13, grâce à la Cinémathèque française. Mais une autre figure hante les couloirs du cinéma L’Ecran, en ce festival 2018 : Larry Clark, dont l’intégralité des films sont projetés. Avec pour les accompagner une exposition, et d’autres événements (programme ici). Curieux d’être à nouveau confronté à son oeuvre, on a choisi de revoir Kids, vingt-trois ans après sa sortie controversée en France.

Dès l’ouverture, sèche et carrée, le film annonce sa couleur : ces images froides de deux très jeunes ados qui s’embrassent de facon insistante juste avant de se mettre à faire l’amour laissent supposer que la suite sera malaisante. Mais au final, Kids n’aura pas que dureté et noirceur à offrir. Car on peut juger que sa mise en scène sait se placer totalement à la hauteur de ce qu’elle filme. Ses jeunes personnages – Telly, qui ne pense qu’à déflorer des filles sans préservatif, Casper qui n’a en tête que la drogue et l’alcool… – agissent très bêtement, mais n’en sont pas moins filmés avec distance, sans effet superflu, avec des pointes de décalage très, très bien dosées. Leurs interprètes ont été savamment choisis et dirigés, sans complaisance, sans effets appuyés ou insistance. Loin d’essayer de faire du sensationnalisme ou du récit destiné à choquer, Larry Clark – épaulé par son scénariste Harmony Korine, qu’il faut saluer aussi pour son travail – semble chercher à transmettre la vérité de ce qu’il filme. On peut trouver qu’il y parvient. Il plonge ses mains dans des thèmes très, très noirs – le film comporte une scène de viol, entre autres – mais en essayant de rester en équilibre sur une frontière entre tristesse et mal pur. Ce qui fait que la vérité dure qu’il transmet touche au coeur. Et qu’on en arrive presque à s’imaginer la suite de la vie sans âme de ces protagonistes totalement perdus, une fois l’écran de fin arrivé. Un plan paraît résumer l’intention de Larry Clark, dans Kids : celui où la très jeune Chloë Sevigny, qui roule la nuit dans un taxi – à la poursuite de Telly, garçon malade qui lui a transmis le sida – fond lentement en larmes, éclairée par les lumières de la ville. Cette image sobre fait émerger une vraie douleur très dure, qui court dans tout le film. Vingt-trois ans après, Kids reste fort. Et vaut bien qu’on continue à parler de lui.

Dans le cadre des Journées Cinématographiques Dionysiennes 2018, la Master Class de Larry Clark aura lieu au cinéma L’Écran, à Saint-Denis, le lundi 12 février à 19h. Elle sera suivie de la projection d’une version inédite de The smell of us.

Les Journées Cinématographiques Dionysiennes 2018 se poursuivent jusqu’au 13 février.

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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