Cinema
Au temps du « French Cancan » de Renoir : l’amour de la danse et de la liberté

Au temps du « French Cancan » de Renoir : l’amour de la danse et de la liberté

24 novembre 2014 | PAR Olivia Leboyer

Quand on évoque le french cancan aujourd’hui, ce sont les images du film de Renoir qui s’imposent spontanément. Danse endiablée, joyeuse et débridée, qui veut avant tout de la légèreté, de la liberté : en patron du Moulin Rouge, plein de vie, Jean Gabin est absolument irrésistible.

Le french cancan est une danse libératrice, amusante et folle, en parfait accord avec l’esprit de Montmartre. Renoir filme cette danse en amoureux, saisissant au vol, furtivement, les blancheurs de cuisses et échappées de gambettes. D’amour, il est bien sûr question ici, mais sur un mode léger, euphorisant : Danglard (Jean Gabin), directeur de spectacles (L’Hippodrome, Le Jardin de Paris, Le Paravent Chinois), et la jolie Nini (Françoise Arnoul), petite blanchisseuse, se rencontrent sur un air de cancan. Tout naturellement, l’idylle se noue. « – Ça vous plaît, le cancan ? » demande Gabin, « – J’aime mieux ça que de faire la lessive ! » répond Nini en riant. L’idée de faire revivre le vieux chahut, rebaptisé french cancan, vient alors à Danglard. « – Mais c’est fini, le cancan ! Pourquoi pas le rigodon ! On ne veut plus que des noms anglais maintenant… » lui lance une ancienne danseuse. Danglard persiste, persuadé que le french cancan peut trouver une nouvelle jeunesse.

Pour Nini, entre un mariage tout tracé avec un jeune apprenti boulanger énamouré, sérieux comme un pape, et les bras forts de Jean Gabin, pas d’hésitation. « Si l’on m’avait dit que je ferais l’amour au champagne, dans un hôtel de luxe… » soupire Nini, décidément mordue de Danglard. Le champagne, c’est d’ailleurs elle qui l’a payé, car Danglard, sans cesse poursuivi par les créanciers, gagne ou perd se fortune, selon les jours. Et la maîtresse en titre de Danglard, la Belle Abbesse, aux charmes plus capiteux (Maria Félix), supporte mal la concurrence. Décontracté, philosophe, Jean Gabin se balade dans Montmartre, guettant les jolies petites fleurs de la Butte, poussées entre deux pavés : une danseuse, une chanteuse, une petite déesse… L’air de Paris le pousse à butiner, avec en tête une seule question : Que veut le public ? Que lui donner ? Les ondulations lascives de la Belle Abbesse, les chansons drolatiques de Casimir le serpentin (génial Philippe Clay), les sifflements du clown Roberto (« l’âme d’un poète, le gosier d’un merle »), l’érotisme frais et insolent du french cancan ?

Une histoire d’amour, French Cancan ? D’une certaine manière, oui, sur un mode mineur. Renoir joue avec les codes du mélodrame, introduisant un improbable personnage, le Prince Alexandre, qui vient offrir à Nini son cœur et son royaume sur un plateau. Mais ce Prince aime avec gravité, componction, avec des « toujours » plein la bouche. A Montmartre, dans le quartier, on s’aime simplement, « deux cœurs qui se sourient » avec espièglerie, le temps de quelques chansonnettes. Comme dans Les Enfants du Paradis de Marcel Carné (1945), où Garance (Arletty) ne pouvait pas donner plus à Baptiste (Jean-Louis Barrault) qu’un amour passager, sincère mais sans grands serments, Danglard ne veut pas se laisser enfermer. « Tu veux me mettre en cage, comme un canari ? Ben, ma petite, je te préviens, ça ne tiendrait pas longtemps ! ».

Ce qui tient, c’est le goût des planches, l’amour fou de la liberté et de la danse. Une liberté si parisienne…

French Cancan, de Jean Renoir, 1954, 108 minutes, avec Jean Gabin, Françoise Arnoul, Maria Félix, Philippe Clay, Anna Amendola, Giani Esposito, musique de Georges van Parys.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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