Cinema

Au seuil de la vie, un film d’Ingmar Bergman à redécouvrir

07 septembre 2011 | PAR Coline Crance

Au seuil de la vie d’Ingmar Bergman ressort le 5 octobre en salles et en DVD inédit dans la collection Montparnasse Classiques. Ce magnifique film de Bergman porté par un trio d’actrices virtuoses, Ingrid Turin, Bibi Anderson et Barbro Hiort, plonge le spectateur dans un huis-clos saisissant qui tourne autour de ces trois âmes, de leurs souffrances et de leur solidarité silencieuse. Au seuil de la vie en 1958 est récompensé par le prix de la mise en scène et le prix d’interprétation féminine pour les trois actrices au Festival de Cannes.

Trois femmes partagent, pour une journée, une chambre dans une clinique d’accouchement. Cecilia perd l’enfant qu’elle attendait mais que son mari ne désirait pas vraiment, Stina, épouse comblée par l’attente de son premier enfant, voit, à la suite d’un accouchement tragique, disparaître à jamais l’espoir d’être mère, Hyordis enfin, la plus jeune, attend dans le désespoir l’enfant qu’elle ne voulait pas voir naître. Elle seule sera mère…

 » Il n’y a pas que les vagins qui s’ouvrent ici, les êtres humains aussi. Je n’oublierai jamais ce moment. Jamais je n’ai été aussi proche de la vie. Mais la vie m’a glissé entre les doigts. » Cécilia ( Ingrid Thulin)

Bergman s’affirme une nouvelle fois comme un incomparable peintre des femmes. Dans ce film le naturalisme et l’objectivité ne priment pas, bien au contraire, tout le sel de ce film est de partager et de se perdre dans les souffrances, les pensées et les sensations de chair de  ces trois femmes. La caméra de Bergman scrute le visage de ces femmes, s’efforce de cerner et d’explorer leurs traits dénués de tous artifices. L’homme est relégué au second plan. La vie est magnifiée dans le destin contrarié de ces trois mères déçues par leur amant respectif. Le désir de provocation est exangue chez Bergman. L’action est derrière la porte mais le spectateur perçoit les scènes avec les yeux mêmes de ces femmes. L’audace de ce film passe par cette franchise sereine porté par le virtuose équilibre que met en place Bergman entre ces personnages. Par ces désirs et ces déceptions de femmes se crée un transfert incessant de pensée de l’une à l’autre. La caméra priviligie le point de vue de visage en visage et épouse les détails les plus secret. C’est par ce biais alors que le spectateur ne participe plus mais se met à partager leurs angoisses et leurs dégouts. Cette extrême efficacité des mouvements de la caméra évite alors le piège d’un scénario qui aurait pu se résumer en une suite de scénettes mais qui finalement se révèle être d’une unité remarquable. Dans ce Huis clos saississant, la mort guette et la vie, même si elle se perpétue inexorablement, appartient toujours au domaine du sacré. Elle surprend et bien souvent échappe à celle qui l’attend. L’image parle d’elle-même, et les bruits , les cris, les échanges banales ne lui servent que d’appoint.

Au seuil de la vie, c’est aussi la révélation et la naissance d’une complicité et d’un couple de cinéma : Ingmar Bergman et Bibi Anderson. Elle offre à ce film un charme fou, une sensualité que Bergman a toujours su par la suite faire ressortir dans ses films. Jeune fille perdue, un peu dévergondée, elle incarne cette femme-enfant dont la vie lui a pourtant offerte d’être mère. Un coup de pieds dans ses sandales, la pose négligée de son sac sur le lit sont autant de détails qui donnent au film chaleur et vie dans cette maternité froide et décharnée et qui trahissent la complicité du cinéaste avec l’une de ses grandes actrices fétiches.

Au seuil de la vie, un film d’Ingman Bergman, sortie en salle le 5 Octobre ou disponible en DVD inédit dans la collection Montparnasse Classiques. Durée 1h22, noir et blanc, film suèdois, 1958. En complément du DVD :  » Bergman en 12 tableaux » – les thèmes bergmaniens détaillés par le journaliste et historien du cinéma N.T Binh. durée : 29 minutes. Coût du DVD : 18 euros

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3 thoughts on “Au seuil de la vie, un film d’Ingmar Bergman à redécouvrir”

Commentaire(s)

  • jean claude cuny

    R1>Dans une maternité
    R2>Un cinéaste R3>Au festival de Cannes

    octobre 15, 2011 at 19 h 40 min
  • gargouille24

    R1 : maternité
    R2 : cinéaste
    R3 : au festival de cannes

    merci pour ce concours

    octobre 17, 2011 at 18 h 44 min

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