Cinema
« Au delà des montagnes » de Jia Zhangke.

« Au delà des montagnes » de Jia Zhangke.

29 décembre 2015 | PAR David Rofé-Sarfati

Trois amis, trois adolescents riant à la vie se présentent à leur destin. Les deux garçons courtisent la jeune fille. Elle choisira celui qui vient de s’acheter une voiture. Elle a fait le mauvais choix.  Retour sur Au delà des montagnes de Jia Zhangke, vu et adoré à Cannes.

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Nous suivons la vie de la jolie Tao, de Zang et de Liang. Tao a choisi le plus goujat : Zang; elle regrettera Liang.  Zang raconte cette classe émergente chinoise qui dans les années 90 ne jure que par le capitalisme mondialisé et son lexique: la langue anglaise. Liang racontera le trajet d’une classe travailleuse chinoise, garante indispensable de l’essor économique du pays. Sur un quart de siècle, en trois actes, de cette Chine en profonde mutation vers la Mongolie intérieure et jusqu’à  l’Australie, terre promise d’une vie plus libre et plus riche, les trois personnages seront confrontés à leur destin, à leurs désillusions, leurs renoncements et leurs deuils, au gout âpre du manque et de la frustration. Tao et Zang auront un enfant, prénommé dollar. Cet enfant voué à la réussite sociale n’apprendra pas le chinois, ne comprendra plus son père, se détachera de sa mère.

Au delà des montagnes est un film extraordinairement beau et à l’esthétisme exigeant. La photo est une réussite artistique.

Le premier acte, exposé comme un souvenir de jeunesse au format 4:3 est magnifique. Chaque image est travaillée avec la même rigueur que les émotions. Les deux actes suivants sont au format pano. Au deuxième acte Tao, divorcée, enterrera son père dignement et avec lui certains espoirs. Au troisième acte, Dollar, lors d’une suite de scènes magnifiques rencontrera la femme en la personne de son professeur de chinois, une femme plus âgée, avatar de sa mère. Il saura grâce à elle et quitter le père et se-réancrer à sa mère.

Que trouve-t-on au delà des montagnes? On y trouve ce à quoi chaque personnage rêve, ce qui constitue sa quête, ce en quoi il croit. Car ce film nous parle de croyances en ceci que, même fausses, elles soutiennent les Hommes. Zhang-ke Jia nous parle des petites religions intimes. Et Tao a su ne pas lâcher cette croyance en la vie, léguée par son père. Au dernier tableau de cette épopée philosophique elle saura de nouveau danser, rendre ainsi honneur à sa foi en l’espérance.

Mountains may depart, un film de Jia Zhang-Ke. Avec Zhao Tao, Liang Jingdong, Zhang Yi, Dong Zijang. Drame, Chinois. Durée : 2h11. Distribution France : Ad Vitam.

Visuels : © Ad Vitam / Droits réservés

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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