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Arras Film Festival Jour 4 : des héros du quotidien bouleversants

Arras Film Festival Jour 4 : des héros du quotidien bouleversants

11 novembre 2021 | PAR Hugo Saadi

Pas de répit pour Toute la Culture qui enchaine les journées marathons, à l’image de ce 4ème jour au Arras Film Festival où les héros du quotidien sont mis à l’honneur et confrontés à leur morale. Retour sur les séances du mercredi 10 novembre avant l’ouverture de la compétition officielle.

La descente aux enfers d’un héros rongé par la culpabilité

Et la notion de héros est questionnée dans tous les sens avec le nouveau film d’Asghar Farhadi. Auréolé du Grand Prix au dernier festival de Cannes, Un héros tient en haleine le spectateur pendant plus de deux heures, la force à un scénario bien travaillé et généreux en rebondissements. Le film raconte l’histoire de Rahim, un homme emprisonné à cause de nombreuses dettes. Pendant une permission, il tente de convaincre son créancier de retirer sa plainte en échange d’une partie de la somme qu’il compte payer grâce à des pièces d’or trouvé dans un sac abandonné. Mais la raison prend le dessus et il se met à la recherche du propriétaire du sac pour lui rendre les pièces d’or. Avec cette belle action, le voilà considéré comme un héros, mais pour combien de temps ?

Dans cette fable morale, le réalisateur iranien intègre avec justesse les questions de jalousie, de manipulation ainsi que la complexité administrative du pays. Un ensemble qui vient brouiller les pistes entre mensonges et vérité et pousse notre personnage principal dans un engrenage sinueux, où chaque action pour rétablir la vérité peut avoir des conséquences irrémédiable sur sa libération. Farhadi soigne sa mise en scène et son scénario et délivre une partition à l’intensité dramatique forte, portée par une prestation d’acteur touchante et authentique. A découvrir à partir du 15 décembre 2021.

Prendre la place d’une autre pour survivre

Lors de la séance suivante, on fait un saut dans le passé, jusqu’en 1914 aux côtés de Nélie, une jeune femme qui tente d’échapper à sa condition misérable en devenant infirmière sur le front. Lors d’un raid allemand, elle voit mourir sous ses yeux, Rose Juillet, une femme promise a un meilleur avenir dans la sphère bourgeoise. Acculée par la détresse, Nélie décide de prendre son identité. Un mensonge qui va la sauver et l’épanouir jusqu’au jour où elle est rattrapée par le passé. Une trame narratif somme toute classique, ce genre d’échanges d’identités est fréquent dans le cinéma et avec La place d’une autre, la réalisatrice Aurélia Georges n’arrive pas à sortir des sentiers battus.

Le film est donc assez plat et ne fait pas d’étincelle. Si l’on peut toute fois jouer sur un léger suspens et des valeurs morales mises en avant, le long métrage s’essouffle rapidement. Et il n’est pas aidé par la mise en scène, assez terne qui se rapproche le plus souvent d’une production TV. Heureusement, deux noms du cinéma français viennent relever la barre : celui de Sabine Azéma et de la jeune pousse Lyna Khoudri. Rien de flamboyant pour ce La Place d’une autre dont vous pourrez vous faire votre propre avis à partir du 19 janvier.

Le portrait surprenant d’une femme de conviction

Après cette séance en demi-teinte, on tente notre chance du côté du cinéma américain avec Dans les yeux de Tammy Faye. En tête d’affiche, on retrouve les stars Jessica Chastain et Andrew Garfield. Les deux acteurs y incarnent Tammy Faye et Jim Baker, un couple de télévangéliste partis de rien qui sont parvenus dans les années 70 et 80 à créer un empire : conglomérat de chaines dans le monde et un parc à thème d’inspiration religieuse. Le couple devient rapidement célèbre et la folie des grandeurs ne tarde pas à venir abattre un château de cartes bâti sur des magouilles et la contraction de dettes.

Le film de Michael Showalter est un biopic comme les américains en raffolent : des personnages hauts en couleur, une mise en scène éclatante et une construction classique et très linéaire du « rise and fall ». Par chance, il évite de tomber dans le film Wikipédia, même si une certaine lourdeur se fait sentir dans l’écriture (le film paraît long à plusieurs reprises). Mais la personnalité de Tammy Faye (coiffure parfaite et maquillage outrancier) aide le réalisateur à en mettre plein les yeux et à nous tenir en éveil. Si le côté télévangélistes nous semble bien loin, il n’est pas difficile de rentrer dans l’intrigue, grâce à la performance brillante de Jessica Chastain, croulant sous le maquillage et les perruques, très calibré pour les Oscars. Un biopic intimiste à voir en salles le 2 février prochain.

Une romance impossible sur fond de crise migratoire

Avec Ils sont vivants, l’acteur Jérémie Elkaïm fait ses premiers pas derrière la caméra et livre un film humaniste et réaliste. Il s’empare du sujet de la jungle de Calais, tout en évitant d’en faire un film social et militant. Pour se faire, il décide d’adapter l’histoire de Béatrice Huret, Calais mon amour. Cette femme, veuve depuis peu, se retrouve par un cheminement hasardeux au sein de la jungle de Calais pour y distribuer de la nourriture avant de s’impliquer davantage et d’héberger des migrants chez elle. Elle tombe sous le charme de l’un d’eux, Mokhtar avec qui elle entretient une romance troublante de sincérité. Là voilà, quelques jours plus tard, à défier les préjugés et les lois pour l’envoyer à contre coeur en Angleterre.

Le premier long d’Elkaïm dépasse donc son sujet et se refuse à prendre une position idéologique pour nous parler de désir et d’amour. Une intention louable, portée à merveille par la performance de Marina Foïs qui transmet une énergie bluffante au film. Plein de sincérité, Ils sont vivants arrive à maitriser son sujet et propose une belle romance touchante, jamais larmoyante ni grossière. A vivre au cinéma dès le 23 février.

L’agenda cinéma de la semaine du 10 novembre 2021
Agenda des vernissages de la semaine du 11 novembre
Hugo Saadi

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