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Arras Film Festival Jour 3 : le cinéma français en pleine forme

Arras Film Festival Jour 3 : le cinéma français en pleine forme

10 novembre 2021 | PAR Hugo Saadi

La 22ème édition du Arras Film Festival continue de passionner habitants et cinéphiles qui se pressent dans les salles du matin jusqu’au soir. Retour sur notre 3ème jour fort en émotions.

C’est sous un magnifique soleil que Toute la Culture s’est rendue sur la Grande Place pour débuter une semaine remplie d’avants-première avant le début de la compétition officielle ce jeudi 11 novembre. Une nouvelle journée de festival qui s’était en réalité lancée la veille avec le nouveau film de Laurent Cantet : Arthur Rambo.

L’affaire Meklat revue par Laurent Cantet

Depuis son passage remarqué à Cannes avec Entre les murs et sa Palme d’Or, le réalisateur français a continué d’explorer la société française et les maux qui la gangrènent. Avec Arthur Rambo, il reprend librement l’affaire Mehdi Meklat qui a éclaté il y a quelques années : Karim D, jeune écrivain d’origine algérienne qui connait un succès foudroyant se voit rapidement confronté aux tweets racistes, homophobes, antisémites et sexistes qu’il avait écrit sous un pseudo. A travers ce nouveau long métrage, Cantet décide alors de centrer son intrigue sur une temporalité extrêmement courte : deux jours seulement pour exposer l’action dans sa pure efficacité, la gloire et la chute d’un jeune artiste.

A l’arrivée, il signe une belle plongée dans l’intime qui nous prend aux tripes et ne nous lâche pas une seule seconde. Le spectateur est aux premières loges dans cette descente aux enfers de Karim D, interprété avec justesse par Rabah Naït Oufella, l’un des jeunes acteurs révélés lors du tournage d’Entre les Murs. Avec ce film, Cantet en profite également pour questionner la place des réseaux sociaux dans notre vie et notre façon de les utiliser. Après la séance, le réalisateur français ajoutera également vouloir faire un film « qui ne juge pas ou ne protège pas le personnage, mais presque un film au regard documentaire ». Il faudra patienter jusqu’au 8 février 2022 pour découvrir le film au cinéma.

Choc des générations et destins croisés à Rome

La journée de festival a démarré sous des airs mélancoliques avec la projection du film italien Nos plus belles années qui retrace les parcours de vie d’un quatuor amical (on pense forcément au film Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola). Pendant plus de 2h et sur une période allant de 1980 à nos jours, le spectateur est baladé sur fond de chansons italiennes. On se laisse alors bercer par les différentes phases de la vie rythmées par des faits historiques (la chute du mur de Berlin, le passage à l’an 2000, les attaques du 11 septembre) afin de se repérer dans la chronologie.

On découvre donc à travers un récit émouvant et chaleureux, les changements de parcours de ces quatre enfants qu’on apprend à connaitre au fil des péripéties. Le réalisateur Gabriele Muccino arrive à garder le rythme et propose un long métrage qui fait réfléchir sur le temps qui passe, sur l’amitié, l’amour, la vie de couple mais aussi sur l’éducation et la transmission. Un film plaisant à suivre, même si le fait de briser le 4ème mur en s’adressant directement à nous peut sembler un poil superficiel vu que la voix off est déjà bien présente pour contextualiser les faits. On retiendra surtout la belle brochette d’acteurs qui dynamisent le film et notamment Pierfransco Favino (Le Traitre) grande figure du cinéma italien actuel. En salle le 29 décembre prochain.

Noémie Merlant continue son ascension

On enchaine ensuite avec le premier long métrage de l’étoile montante du cinéma français : Noémie Merlant (Portrait de la jeune fille en feu, Les Olympiades). Avec Mi iubita, mon amour, elle décortique une tranche de vie qui s’apparente réellement à une balade estivale. Ou plus précisément, une immersion dans l’enterrement de vie de jeune fille de Jeanne (interprétée par Noémie Merlant) qui décide de partir avec trois de ses amis en Roumanie. Après, un vol de voiture, le groupe se retrouve hébergé dans une famille de gitans. Elles font notamment la connaissance de Nino, un jeune homme qui va venir bouleverser leurs sentiments. 

Cette première réalisation est un film libre qui s’inscrit dans la temporalité comme une parenthèse d’été, une balade authentique où l’opposition entre deux mondes vient apporter une dimension sociologique au métrage. Les discussions autour de l’amour, du mariage, des parcours de vie agrémentent un récit qui se veut léger. Le film file à toute allure grâce à une mise en scène sans fioriture, qui fixe les corps et capte les regards pour monter en ’intensité. La jeune actrice réalisatrice est de tous les plans et nous captive avec son regard et celui de Nicolae Covaci, qui joue le rôle de Nino. Une alchimie solaire entre les deux  personnage qui porte avec brio Mi iubita, mon amour

L’avortement clandestin porté à l’écran

Enfin la dernière projection de la journée qui était très attendue au Arras Film Festival : L’événement d’Audrey Diwan, qui a reçu le Lion d’Or à Venise en septembre dernier. « Quand j’ai avorté j’ai eu envie de lire sur le sujet, une amie m’a alors conseillé de lire le roman d’Annie Ernaux » confie la réalisatrice à l’issue de la projection. Très marquée par cette lecture, elle décide d’en faire une adaptation au cinéma, mais sa volonté est de faire un film sur le parcours de cette femme, pas d’en faire un centré sur l’avortement clandestin. Dans L’événement, on suit le quotidien d’Anne, étudiante en lettres à Angoulême dans les années 60 qui voit sa vie basculer lorsqu’elle apprend sa grossesse. Un bébé qu’elle ne veut pas garder. S’engage alors un combat éreintant pour avorter, une course contre la montre pour braver la loi.

Audrey Diwan, envoie le spectateur dans une France des années 60 qui glace le sang, le mot avortement faisant déserter quiconque par peur de prison ou de mort… De nombreux personnages gravitent autour d’Anne, apportant chacun à leur manière un contexte sur ce saut dans le temps : corps médical, famille, amis, professeur… La réalisatrice ne délaisse pas non plus toute la partie liée au plaisir féminin, amenée de façon subtile, voire amusante, sans oublier la notion de transfuge de classe. La révélation du film s’appelle Anamaria Vartolomei. Le spectateur n’a d’yeux que pour cette jeune actrice, de part l’intrigue mais aussi via la mise en scène du film, très centré sur les visages et les corps, ne laissant peu de place au contre champs. Un film puissant sur une thématique importante, qui risque de faire parler de lui en salles dès le 24 novembre.

 

un droit qui 

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Hugo Saadi

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