Cinema
[Arras Film Festival] « Bota » : subtil film albanais tout en lumière et en temps suspendu

[Arras Film Festival] « Bota » : subtil film albanais tout en lumière et en temps suspendu

18 novembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Sans jamais être lourds, Iris Elezi et Thomas Logoreci nous donnent à voir, dans Bota, l’existence colorée de personnages en marge, s’enlisant sans le savoir. Une balade convaincante, bien que manquant un peu d’enjeu. Bientôt, ou jamais, dans les salles françaises…

[rating=3]

BotaDans Bota, on croit tout le temps qu’il va se passer un événement grave. Erreur : le tragique des vies décrites n’est découvert qu’à la fin. Tant mieux, car l’absence d’empressement nous permet de les rencontrer, ces personnages. De s’asseoir avec eux sous le soleil albanais, et de boire un verre à Bota, bar pas ordinaire, installé en pleine campagne, à côté de marais. Trois protagonistes gravitent autour : son propriétaire, Beni, homme d’affaires un peu minable, un peu filou ; la barmaid, Juli, cousine de Beni, volontaire et forte ; et la serveuse, Nora, jeune maîtresse de Beni, plutôt perdue.

Beni l’entrepreneur pas vraiment doué n’a qu’un rêve : étendre son microscopique empire. Si seulement une nouvelle route pouvait passer à côté de son bar… Mais cette terre qu’ils habitent est hantée. Le soleil cache des blessures. Juli et Nora auront beau faire des efforts, on ne les verra pas avancer. La vie s’écoule, en ne laissant rien subsister… Ce climat lumineux a recours à de très attachants acteurs pour laisser transparaître sa vénéneuse immobilité : Artur Gorishti (Beni), lourdaud sensible, Flonja Kodheli, magnétique Juli, et Fioralba Kryemadhi (Nora), touchante fille facile, batifolent. Mais ils ne font rien, en fait. La fin du film n’en est que plus parlante. Reste que si une atmosphère nous traverse pendant la projection, l’enjeu scénaristique finit un peu par manquer. Et un des événements de la fin semble quelque peu forcé… Il n’empêche que ce premier film solaire fait du bien. Et reste accessible. Tout en parlant de son pays… Car pas loin de Bota, il y a de vieux immeubles, vestiges de l’époque communiste… N’en disons pas trop : si ce film peut sortir en France, allez prendre un petit verre à Bota. Un lieu attachant, qui n’a besoin d’aucun effet tape-à-l’oeil pour plaire et s’imposer à notre mémoire.

Bota, un film d’Iris Elezi et Thomas Logoreci, avec Artur Gorishti, Flonja Kodheli, Fioralba Kryemadhi. Comédie dramatique albanaise, coproduite par le Kosovo et l’Italie. Durée : 1h40.

Visuel : © Erafilm Production

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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