Cinema
[Arras Festival] Le très bon « No one’s child », ou « L’Enfant sauvage » dans l’histoire serbe

[Arras Festival] Le très bon « No one’s child », ou « L’Enfant sauvage » dans l’histoire serbe

11 novembre 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Lors de notre séjour à l’Arras Film Festival, on a pu voir cette oeuvre présentée en section « Visions de l’Est », qui alliait très bien maîtrise, et arrière-plan réfléchi.

[rating=4]

La Serbie du début des années 90, vue à travers les yeux d’un garçon découvert dans la forêt : tel est le projet de ce film signé Vuk Rsumovic, l’un des meilleurs qu’on ait vu à Arras cette année (bien loin du sinistre Monument to Michael Jackson de l’an dernier, film serbe également). On a pu trouver remarquable la description minutieuse de l’apprentissage des manières par Haris, l’enfant sauvage, au sein d’un centre pour jeunes en difficulté. On a aimé cette caméra, placée quasiment à même le sol pour suivre le héros, et ses bagarres avec les gens civilisés. On a goûté l’interprétation du tout jeune Denis Muric, et de ses partenaires, au premier rang desquels Pavle Cemerikic, l’interprète de Zika, ado qui va devenir le modèle de Haris. Et surtout, on a trouvé le projet abouti. Car Vuk Rsumovic sait parler sans lourdeur de la réalité traversée par son pays à la fin du XXe siècle, en se servant de personnages forts pour éviter le démonstratif : la toute jeune Alisa (talentueuse Isidora Jankovic), qui travaille dans un club par exemple. L’aussi jeune Zika qui croit que son père – qu’on ne verra jamais – peut lui offrir un début de carrière, mais qui reviendra, mortellement déçu, au centre.  Ou la guerre, qui finira par attraper l’enfant de la forêt.

No one’s child sait rester prenant tout du long, en ne versant jamais dans l’exagération ou les bons sentiments. Et en s’autorisant quelques ruptures de ton brutales. Dommage qu’il perde un peu son versant historique, vers la fin : on aurait aimé que la réflexion soit encore plus poussée, vis-a-vis de l’éclatement de la Yougoslavie, par exemple. Mais le film reste pertinent jusqu’au bout : on se dit que cet « enfant de personne » est peut-être l’enfant d’un pays dont l’identité s’est perdue, à la fin du siècle dernier… A voir.

Le Festival International du Film d’Arras se prolonge jusqu’au dimanche 15 novembre.

No one’s child, un film de Vuk Rsumovic. Avec Denis Muric, Pavle Cemerikic, Isidora Jankovic, Milos Timotijevic… Drame, Serbe. Durée : 1h35.

Visuel : © Soul Food Films

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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